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reawis — standing alone in a crowded room

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Mer 30 Nov - 12:40
STANDING ALONE IN A CROWDED ROOM
i used to think one day we'd tell the story of us, how we met and the sparks flew instantly. people would say, "they're the lucky ones". i used to know my place was a spot next to you, now i'm searching the room for an empty seat 'cause lately i don't even know what page you're on. oh, a simple complication, miscommunications lead to fall out. so many things that i wish you knew, so many walls up i can't break through. now i'm standing alone in a crowded room and we're not speaking. and i'm dying to know, is it killing you like it's killing me? i don't know what to say since the twist of fate when it all broke down and the story of us looks a lot like a tragedy now, next chapter. how'd we end up this way? (creds: gifs, @oscarspoe @gifsbyant; lyrics, @taylor swift)
Sur le papier, Reagan n'avait rien contre les mariages, que ce soit l'institution en elle-même ou ses célébrations. Elle était toujours ravie de sauter dans l'une ou l'autre de ses robes préférées pour pouvoir fêter l'union de gens qu'elle chérissait. Et elle n'était pas allergique aux déclarations d'amour un peu niaises, ni aux larmes des parents qui menaient leur progéniture à l'autel et encore moins à l'émotion des époux. Non, vraiment, Reagan aimait les mariages, même si elle n'était absolument pas près d'organiser le sien, quoi qu'en pense sa mère, toujours convaincue qu'elle fréquentait Debbie avec de sérieuses intentions. Cette relation n'était pas sérieuse, ni réelle d'ailleurs mais ce que Mrs. Schuyler ignorait pour l'instant ne lui ferait du mal que bien plus tard. À moins qu'elle ne soit soulagée d'apprendre que sa seule fille, toujours pas mariée à trente-neuf ans, avait encore une chance de finir sa vie avec un homme, ha. Et ce n'était, de toute façon, pas exactement un problème pressant à l'heure actuelle. À peine plus qu'un rappel que ne pouvait s'empêcher de lui faire son cerveau avec une petite dose de stress qui affolait son cœur et faisant trembloter temporairement ses doigts autour de sa flûte de champagne. Et elle n'était pas sensée être stressée. C'était un mariage, pas le premier auquel elle était conviée. Ni, à la réflexion, le premier de l'un ou l'autre des heureux mariés. Évidemment, elle s'était bien gardée de faire la moindre réflexion sur le sujet, principalement parce que c'était impoli et inapproprié mais aussi parce qu'elle n'était pas assez idiote pour offenser l'homme qui lui avait donné sa chance à la télévision le jour le plus heureux de sa vie, même si c'était au moins le troisième ou le quatrième. En près d'une décennie à SNL, elle avait assisté à deux des noces du grand patron du programme et si il y avait certainement une quantité non négligeable de vannes à faire le sujet, Reagan avait bien l'intention de les garder pour elle, question de respect — et de survie professionnelle, même si elle avait quitté l'émission depuis bientôt sept ans.

Ce n'était peut-être pas la première fois que le marié convolait en justes noces mais l'ambiance n'était pas à la sobriété ni aux économies. Grandiose était le premier mot qui avait traversé l'esprit de Reagan une fois arrivée à la réception au Plaza Hotel. Ostentatoire, aurait dit sa mère qui estimait que des divorcés pouvaient, certes, se remarier mais devaient avoir la décence de le faire discrètement. Il n'y avait décidément rien de discret à propos du menu long comme le bras ou de l'impressionnante liste des invités. Page Six s'en donnerait certainement à cœur joie le lendemain, si toutefois le magazine avait suffisamment de place pour namedrop chaque célébrité présente tant ce mariage ressemblait à une Oscars afterparty sous stéroïdes. Entertaining as fuck, yes, but also slightly overwhelming. Si Reagan savait l'importance d'entretenir de bonnes relations avec les bonnes personnes dans le milieu, elle aimait aussi sa tranquillité. Sa soirée idéale ne ressemblait pas exactement à une randonnée mentale au milieu du gratin new-yorkais, loin de là.

Après une petite heure à écouter les dernières nouvelles sur les projets des uns et des autres tout en priant désespérément pour qu'on annonce enfin le début du repas, elle finit par s'échapper discrètement. C'était l'avantage d'être noyée dans une mare de gros poissons, juste un nom parmi tant d'autres bien plus illustres, personne ne risquait de remarquer son absence pour cinq ou dix minutes. Le voiturier planté devant l'entrée de l'hôtel ne sourcilla même pas en lui offrant un briquet pour allumer sa cigarette, l'ignorant sitôt qu'elle s'éloigna un peu. Sans doute parce qu'il avait assisté à plus surprenant ou peut-être simplement qu'il se fichait de ce que la clientèle pouvait bien faire. Il y avait un certain réconfort dans cette calme indifférence, suffisamment en tout cas pour que Reagan retourne à l'intérieur avec le sourire, prête à affronter le brouhaha des conversations et un dîner qui risquait de s'étirer jusqu'au milieu de la nuit.

La sérénité que lui avait apporté sa pause nicotinée s'évanouit brusquement en même temps que le claquement de ses talons sur le carrelage immaculé du hall de l'hôtel lorsqu'elle posa les yeux sur un visage douloureusement familier, non loin de l'entrée de la salle de réception. C'était certainement un peu idiot mais Reagan ne s'était pas vraiment préparée à le revoir, parvenant sans mal à se convaincre qu'ils seraient perdus dans une foule d'invités suffisamment prompts à se mêler les uns autres pour qu'ils ne se croisent pas. Idiot, un peu naïf aussi et tout à fait irréaliste. Ils avaient passé plus d'une décennie à travailler ensemble. Plus que ça, ils avaient été amis, partenaires à l'écran et en session d'écriture, et pendant très longtemps, Lewis Turner avait été l'une des personnes les plus importantes de sa vie — peut-être même la plus importante, si elle était un peu honnête avec elle-même. Ils n'avaient, techniquement, aucune raison de s'éviter. Lui n'en avait pas,  au moins. Leur amitié, à défaut de meilleur terme, ne s'était pas terminée en monstrueuse dispute, rien qui ne justifiait qu'ils gardent leur distance. Non, Reagan s'était simplement éclipsée sans un mot. Une pause clope métaphorique qui n'avait jamais pris fin. L'ironie de le recroiser après une réelle cigarette n'échappa d'ailleurs pas à la comédienne. Plantée à quelques mètres, son manteau sur le bras, elle hésita un moment, évaluant ses chances de quitter cette soirée pour de bon sans être vue. Après tout, elle avait déjà offert ses félicitations à l'heureux couple et elle ne doutait pas que leur wedding planner réarrangerait vite la table où elle était sensée s'asseoir pour éviter le triste spectacle d'une chaise vide. Mais si la perspective de finir sa soirée confortablement installée dans son canapé, le cœur et l'esprit intacts, était bien plus alléchante que celle de passer des heures à côtoyer les grands noms du showbiz après une conversation potentiellement perturbante avec Lewis, quelque chose la dérangeait dans l'idée de prendre la fuite. D'abord parce qu'elle s'efforçait, depuis des années, de gommer ce réflexe sur lequel elle se rabattait au moindre signe de fragilité dans sa confiance en elle durement obtenue. Elle en avait longuement parlé avec son thérapeute, avait exploré le pourquoi et le comment en long, en large et en travers. Elle savait qu'elle avait d'autres options. Et, surtout, parce que Lewis ne méritait pas ça. Même si elle avait eu besoin de cette distance, il ne lui avait jamais rien fait, rien pour motiver son indifférence. Ou ce qu'elle aurait aimé être de l'indifférence. Force était d'admettre qu'elle en était loin, clairement perturbée par sa proximité avant même qu'ils n'aient échangé le moindre mot. Et même si presque deux années de silence n'étaient pas parvenues à l'immuniser contre les effets secondaires de sa présence, deux trois banalités échangées à une soirée qu'ils oublieraient certainement très vite ne pourraient rien empirer. Right? Right.

Elle n'en était pas tout à fait sûre mais il était trop tard pour reculer une fois qu'elle eut mis un pied devant l'autre une, deux, trois fois, assez pour arriver à sa hauteur, un sourire un rien forcé aux lèvres. Pas le sourire qu'on offrait à un proche, celui dont on se paraît pour prétendre que tout allait bien. Parce qu'ils n'étaient plus vraiment proches, non. Elle était partie sans prévenir, incapable de gérer plus longtemps la dichotomie de leur amitié et de ses propres sentiments. Lewis, hey, parvint-elle à articuler avec plus d'aisance qu'elle ne s'en sentait réellement capable, ça fait un bail. Ha, comme si il n'était pas au courant. L'idée, pernicieuse et cruelle, qu'il n'ait pas pris conscience de son éloignement s'insinua dans son esprit et Reagan baissa les yeux, les joues réchauffées par une gêne qu'elle n'avait pas ressenti depuis des années. Celle qui découlait d'un complexe d'infériorité né d'années à se faire toute petite, à rester en retrait pour éviter une attention qu'elle ne pensait pas mériter. Mais Reagan n'était plus une gamine et elle n'avait pas l'intention de se retrancher dans ses vieux travers, certainement pas ici et maintenant, pas face à quelqu'un qui ne lui avait jamais voulu que du bien. Tu as l'air en forme, reprit-elle, attrapant une coupe de champagne au passage furtif de l'un des nombreux serveurs, déterminée, visiblement, à endosser le rôle de la parfaite connaissance pour cette scénette de badinage qu'elle n'était pas certaine de savoir écrire.

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Dim 4 Déc - 9:54
tw : adultère, divorce

Depuis l’officialisation de son divorce et même sa séparation, Lewis est bien obligé d’admettre que les mariages n’ont plus réellement la même saveur à ses yeux. S’il reste enthousiaste à l’idée de participer à la célébration de l’amour de deux personnes qui s’aiment, il ne peut s’empêcher de voir en miroir son propre échec. Il sait rester réaliste et admet volontiers qu’un mariage ou une relation ne dure pas forcément toute une vie, qu’il ne faut pas forcément la regretter au moment où elle se termine mais la manière dont s’est terminée sa propre relation ne lui donne pas vraiment envie de regarder le passé d’un air nostalgique. S’ils s’étaient quittés bons amis en admettant que les sentiments n’étaient plus là et la distance n’aidant pas, il ne serait pas si amer. Mais apprendre un matin à la une des magasines les infidélités de son épouse en même temps que le reste du monde, ce n’est pas ce qui aide à terminer une relation dans les meilleurs termes. Quitte à l’apprendre, il aurait aimé que ça vienne d’elle, qu’elle fasse preuve d’honnêteté et n’avoue pas, une fois les faits exposés au monde, qu’elle a effectivement eu des relations éphémères depuis de nombreuses années, presque depuis leur rencontre. Pour quelqu’un comme Lewis qui n’est pas très adepte du mensonge et accorde une grande importance à l’honnêteté, l’annonce est d’autant plus dure à avaler. Deux ans plus tard la digestion est toujours en cours, n’ayant pas remis le pied dans une relation, sans que cela ne le dérange particulièrement. Il a bien eu quelques aventures sans lendemain avec des hommes, de quoi ajouter un peu de vie dans sa vie sentimentale peu envieuse mais qui lui donne matière pour bon nombre de sketchs. L’avantage d’un divorce, du fait qu’il soit médiatisé, c’est qu’il lui donne un puits presque sans fond de blagues et de situations à explorer. Comme il n’est jamais le dernier pour rire de lui-même, coupant l’herbe sous le pied à ses détracteurs, il n’a pas peur d’utiliser sa vie privée, même si elle a été rendue très publique, pour faire rire.

Le mariage auquel il assistait n’était pas le plus bas de gamme de New-York, il devait même faire partie de ceux qui coûtaient le plus cher et serait sûrement dans le top d’un magasine quelconque spécialisé sur le mariage. L’ambiance respirait l’argent et la célébrité à plein nez à croire qu’un relevé bancaire était demandé aux invités pour pouvoir assister à la cérémonie. De ce côté là, le comédien n’avait pas de soucis à se faire. Le divorce ne lui avait pas coûté grand-chose, au contraire, son épouse gagnant bien plus que lui grâce à ses films, il a récupéré une partie de sa fortune, le contrat de mariage n’étant pas spécialement contraignant. Si une clause concernant l’adultère avait été ajoutée, il aurait pu récupérer davantage, seulement dans le but de se venger, mais il avait jugé cette clause un peu trop moyenâgeuse, son épouse ne l’avait pas contredit, s’il avait su la suite !

Il connaît une bonne partie des invités, surtout ceux du côté du mari, puisqu’il s’agit de son patron, celui qui dirige le SNL depuis longtemps, trop longtemps peut-être. Si avant Lewis ne le voyait qu’à quelques repas ou de rares réunions, depuis qu’il a obtenu une promotion et fait parti des head writers du programme, le voir est devenu hebdomadaire, voir plus suivant les événements. Ils ne sont pas particulièrement proches mais l’entente reste cordiale entre eux. La plupart de ses collègues et certains anciens sont également là, de quoi décompresser un peu entre deux discussions un peu trop professionnelles ou barbantes pour l’occasion. Malheureusement, à chaque fois qu’il tente d’aller vers un ou une de ses comparses, une personne bien moins intéressante vient l’intercepter pour lui parler d’un de ses derniers sketchs ou du rôle qu’il a refusé dans cette comédie qui pourtant a fait un carton au box-office, vraiment dommage d’être passé à côté d’une telle opportunité. Par moment il échange avec ses amis des regards qui lui remontent un peu le moral, ils sont tous dans la même galère mais quand le repas arrivera, ils se retrouveront à la même table.

Attrapant un petit-four au passage, il décide de s’éclipser aux toilettes, espérant que personne ne l’intercepte en chemin ou ne décide de lui faire la conversation dans l’urinoir d’à côté. Pour parer à cette éventualité, il se réfugie dans une cabine individuelle pour profiter de ces quelques secondes de solitude bienvenues. Il ne peut pas y rester trop longtemps au risque que quelqu’un ne remarque son absence ou la cabine fermée depuis trop longtemps. Presque à contre cœur il ouvre la porte, traverse le hall et retourne dans la salle animée. Il reste néanmoins près de l’entrée, deux petits-fours dans les mains, n’ayant pas vraiment l’occasion d’en profiter avec tout le blabla qu’il a dû fournir. Si le comédien avait décidé de ne pas trop s’éloigner du hall, ce n’était pas seulement pour espérer ne pas être dérangé, mais parce qu’il y a remarqué Reagan, à laquelle il a jeté un coup d’œil furtif. Il l’a aperçu à plusieurs reprises du coin de l’œil, se demandant s’il irait lui parler à un moment, si elle, viendrait, ou s’ils s’ignoreraient toute la soirée, faisant semblant d’être trop occupés avec d’autres.

Lewis n’a aucune raison d’en vouloir à la jeune femme, il a même plutôt envie de discuter avec elle mais il ne peut s’empêcher de se dire que s’ils se sont éloignés, il y a sûrement une raison et il n’a pas envie d’aller la voir si elle n’en a pas envie, si une conversation avec lui reviendrait pour lui à toutes les conversations qu’il a pu avoir jusqu’à présent. Un peu trop impatient et curieux malgré tout, il se retourne vers le hall et voit son amie, ou ancienne amie, il ne saurait trop dire à présent, s’avancer vers lui, souriante. A une époque il aurait su dire que son sourire n’était pas le plus sincère et naturel qu’elle pouvait lui offrir, mais il ne la connaît plus aussi bien que par le passé. « Salut Reagan...oui, ça fait...longtemps. » Au moins ils sont aussi nuls l’un que l’autre pour une entrée en matière. Ce début de conversation et cette petite gêne palpable lui rappelle le genre de conversations que les gens peuvent avoir avec des anciens camarades de classe ou des personnes perdues de vue depuis des années. Que dit-on à quelqu’un à qui on n’a pas parlé depuis des années ? S’il s’en sort bien la plupart du temps avec ces conversations où les banalités s’enchaînent et où un semblant de complicité naît avant de disparaître une fois la conversation finie, avec Reagan les choses sont différentes. Elle ne rentre pas vraiment dans la catégorie des amis sans importance perdus de vue, sa place est bien particulière, sans qu’il ne l’admette forcément. « Toi aussi. » L’Oscar de la conversation la plus banale et barbante revient à Reagan Schuyler et Lewis Turner pour la conversation du mariage. Même si Lewis n’a pas spécialement envie de boire quelque chose, il attrape lui aussi une coupe de champagne, histoire de se donner une contenance en ayant quelque chose entre les mains. « Le menu a l’air plus sympa cette année. Je crois que la dernière était allergique aux cacahuètes non ? Et vegan aussi ? Ou alors c’était celle d’avant. Je commence un peu à me perdre dans tous ses mariages ! » dit-il avec un rire, tentant de combler le silence qui pourrait s’offrir à eux avec des banalités. « Alors, quoi de neuf, depuis...la dernière fois ? » C’est à dire depuis deux ans. Il sait que ce n’est pas la meilleure question à poser, que répondre sincèrement à ce genre de question est presque l’équivalent d’un ça va où la seule réponse attendue est oui, un non n’est même ps une option. Pourtant il s’intéresse réellement à elle. Il suit sa vie via les réseaux sociaux, les diffusions officielles, écoutant assidûment son podcast et suivant les autres projets qu’elle peut avoir. Mais à part cette question bateau, que pourrait-il lui demander à présenter qu’elle ne fait plus réellement partie de sa vie, de son cercle d’amis proches et bien plus encore.

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Lun 27 Mar - 10:15
STANDING ALONE IN A CROWDED ROOM
i used to think one day we'd tell the story of us, how we met and the sparks flew instantly. people would say, "they're the lucky ones". i used to know my place was a spot next to you, now i'm searching the room for an empty seat 'cause lately i don't even know what page you're on. oh, a simple complication, miscommunications lead to fall out. so many things that i wish you knew, so many walls up i can't break through. now i'm standing alone in a crowded room and we're not speaking. and i'm dying to know, is it killing you like it's killing me? i don't know what to say since the twist of fate when it all broke down and the story of us looks a lot like a tragedy now, next chapter. how'd we end up this way? (creds: gifs, @oscarspoe @gifsbyant; lyrics, @taylor swift)
Il y avait cette gêne, pénible et puissante, qui lui ceignait la gorge, vestige d'une partie de son adolescence passée à désirer si ardemment l'aval d'autrui sans vouloir déranger. Perdre ce réflexe de se faire toute petite avait pris du temps, beaucoup d'énergie et de larmes en thérapie. Évidemment, Reagan n'avait aucune envie de revenir en arrière. Pas que c'était un réel choix, non. C'était la culpabilité, surtout, qui parlait, celle qui découlait de sa décision, du gouffre qu'elle avait creusé entre l'un de ses plus proches amis et elle-même. Et, plus perfide encore, restait la certitude que Lewis l'avait laissée faire. Parce que, vraiment, qui voulait bien d'elle dans sa vie ? Vaguement stupide et complètement irrationnel mais Reagan avait toujours été particulièrement douée pour se faire du mal. Ou, en l'occurrence, pour laisser deux phrases si terriblement banales ouvrir la porte à un torrent de regrets et de doutes.

Il allait rire, il allait forcément rire. Pas parce qu'elle était comique, non, mais parce qu'elle était risible en cet instant précis, à croire qu'ils pouvaient bavarder de la pluie et du beau temps comme si de rien n'était. Un genre d'ironie poétique qui assurerait probablement la fin de carrière de sa psy. C'était la seule issue, au moins dans la tête de Reagan qui rentra instinctivement les épaules, prête à l'impact.

Qui ne vint pas. Pas du tout.

Au lieu de se moquer bruyamment avant de s'éloigner tel un personnage de teen movie des 90s, Lewis sembla se brancher sur la même fréquence, celle du small talk entre deux connaissances se retrouvant malencontreusement à la machine à café un mardi matin. Pas un lundi, non, pas de folle aventure du weekend à partager, non. Un mardi, jour un peu gris, sans événement annoncé à l'agenda, ni potins de l'open space à raconter. Juste deux étrangers — ou presque — avec peu de choses à se raconter. Et c'était douloureux. Fût un temps où elle aurait pu tout dire à Lewis sans craindre sa réaction, une époque où il était la première personne avec qui elle partageait une idée, un pan tout entier de sa vie où son sourire et ses mots de réconfort étaient associés avec chaque réussite et chaque échec. Et aujourd'hui, ils peinaient à échanger trois mots sur le menu et la mariée. Ce n'était pas ça, que Reagan avait eu en tête lorsqu'elle avait décidé de prendre ses distances, loin de là. Elle avait cru — espéré, naïvement sans doute — pouvoir atténuer les choses et refermer la porte sur des sentiments qu'elle peinait à nommer malgré leur persistance depuis des années. Étouffer complètement leur complicité n'avait jamais figuré au programme mais, d'un autre côté, pouvait-elle vraiment être surprise ? Elle ne s'était pas simplement contentée d'ignorer quelques sms et de reporter une sortie, non, elle était sortie de sa vie. Et le soulagement ressenti à ce moment-là à l'idée de ne plus être la bonne pote et rien de plus, ce soulagement-là ne valait pas le profond malaise dans lequel elle se trouvait actuellement. Peut-être qu'il y aurait pu avoir d'autres options. Endurer ou, un favoris de sa thérapeute, communiquer. Mais comment expliquer à quelqu'un qui vous fait tant de bien qu'il vous fait aussi du mal ? Pas consciemment, bien sûr. Jamais. Reagan en avait connu, des connards, et Lewis n'était pas sur la liste. Non, sa seule faute était, peut-être, d'être un peu trop parfait — un peu trop parfait pour elle, en tout cas. Il n'y pouvait rien, lui, si elle n'avait pas su faire attention, pas réussi à garder la frontière entre émotions amicales totalement platoniques sans la moindre implication ni notion d'engagement romantique et plus.

La comédienne se crispa un instant en l'entendant parler arachides et véganisme sans l'écouter, préoccupée par l'idée absolument terrifiante qu'il savait. Qu'il avait parfaitement conscience qu'elle avait été loin d'être une amie irréprochable, qu'il n'avait aucune doute sur les raisons qui l'avaient amenée à cesser de prendre ses coups de fil et de répondre à ses sms du jour au lendemain. Qu'il savait et qu'il bavardait poliment avec elle pour lui permettre de ne pas perdre la face. Par respect pour toutes ces années passées ensemble ou par pitié, elle ne savait pas quelle option était la pire des deux. L'une, signifiant la mort de l'amitié qu'elle avait déjà abattu elle-même, l'autre, purement et simplement blessante. Quelle vaste blague, de sentir son propre cœur se flétrir quand, tout près, un couple célébrait le plus beau jour de leur vie — ou le cinquième ou sixième plus beau jour de leur vie, dans le cas du marié.

Le rire de Lewis, accompagnant ses platitudes sur l'heureux couple, sonna faux aux oreilles de l'humoriste mais elle s'efforça de sourire, sans grand succès. Sa bouche semblait engourdie, incapable de refaire le simple effort d'un vague rictus forcé comme un instant plus tôt. Au lieu de ça, Reagan pouvait sentir ses traits trembler, son masque d'intérêt poli mais restreint ébranlé par une vague d'émotions qui menaçait de tout submerger sur son passage. Perdre le contrôle en public, dans une pièce remplie d'ami·e·s, de collègues et autres parasites qui n'attendaient qu'un faux pas pour lui cracher dessus, était vraiment la dernière chose à faire. Pourtant, lorsque son vieil ami — ex-ami ? — lui servit la question la plus commune, la plus impersonnelle qu'elle ait jamais entendu de sa bouche, une question pourtant lourde de sens, Reagan ne parvint pas à ravaler le ricanement nerveux qui lui monta aux lèvres. Un rire doux-amer, trop gros pour être contenu trop longtemps, une réaction à l'image de ce que Lewis lui inspirait. Secouée une bonne trentaine de secondes par ce qui aurait très bien pu être des sanglots, Reagan pressa un poignet contre sa bouche, sa flûte de champagne tintant contre ses boucles d'oreilles, chassant les deux trois larmes qui menaçaient de ruiner son mascara et son teint de quelques clignements de paupières. Pardon, c'est nerveux, lâcha-t-elle après s'être éclaircie la gorge, désolée, sincèrement, je... je suis désolée, j'ai absolument aucune envie de faire ça avec toi. Le petit manège des gens qui se ne se connaissent pas et font l'un et l'autre semblant d'être intéressés par la vie de l'autre ? Non, vraiment, non. Et pourtant, elle avait commencé. C'était elle qui avait donné le ton et il l'avait suivie, pour des raisons que Reagan préférait ne pas explorer, pas maintenant et encore moins ici. Et c'est peut-être hypocrite, j'en sais rien, j'aurais probablement pas dû t'aborder, peu importe. Elle haussa les épaules, visant la nonchalance sans grand espoir. Les vannes étaient ouvertes, son contrôle sur son filtre cerveau-bouche clairement en train de disparaître et Dieu seul savait l'étendu des dégâts que son élan d'honnêteté chaotique pouvait faire. Vider son verre pour se donner du courage n'allait certainement pas aider mais c'était trop tard pour ce genre de considérations. Je sais pas ce qui m'a pris, reprit-elle, déposant la coupe vide sur le plateau déjà bien rempli d'un serveur qui eut le malheur de passer par là, mais quand ma psy posera la question, je vais certainement blâmer mes parents. Je sais pas encore comment ni pourquoi mais je vais trouver. Ce serait pas la première mauvaise décision en rapport avec eux que je prendrais récemment mais— pardon, je viens d'entendre ce que j'ai dit et comment ça pourrait être perçu, et vraiment, c'est pas ce que je voulais dire. Vraiment, c'est pas contre toi, c'est même pas toi le problème, tu es...] Intelligent. Fantastique. Hilarant. Merveilleux. Parfait. Superbe, absolument superbe. Vraiment, wow, mes félicitations à tes parents, j'adore leur travail, change rien. C'est moi, le problème, et peut-être que c'est la crise de la quarantaine qui arrive, mes parents ou le champagne, mais honnêtement j'ai oublié où je voulais en venir, donc... je vais, je sais pas, me taire, te fixer une dizaine de secondes et probablement prétendre reconnaître quelqu'un derrière toi pour pouvoir me sortir de ce merdier. Pas que ce soit merdique de passer du temps avec toi, jamais, au contraire, ça m'a manqué, sincèrement mais ça doit bien faire deux minutes que je divague et, ok, un moment de honte est vite passé mais je sais pas comment me sortir de celui-là, donc je vais juste... la boucler. Une sage décision qu'elle aurait sans doute dû prendre depuis un moment.

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Lun 8 Mai - 19:28
Si Lewis ne cherchait pas toujours à tout prix à fuir les relations et réflexions sérieuses, il aurait pu se demander pourquoi Reagan a arrêté de lui répondre, pourquoi se sont-ils éloignés après toutes ces années d’amitié ? Même quand elle a quitté le SNL, ils sont restés proches, ce n’est pas la distance qui les a éloigné. Aucun événement fracassant n’est venu mettre un terme à leur amitié, non, elle a juste disparu de sa vie, presque sans qu’il ne s’en rende compte tant elle est partie à petits pas, sans faire de vagues. Comme il n’est pas du genre lourdingue et que soigner ses relations n’a jamais été son fort, il ne s’est jamais trop questionné sur cette disparition, se disant que c’est la vie et revenant l’instant d’après à son travail. Ça a toujours été son travail de toute façon, d’abord son travail et ensuite le reste, c’est d’autant plus vrai depuis sa promotion. Il y aussi toutes ces autres choses qu’il ne s’avoue, que de ne plus voir Reagan lui évite de penser à ce que leur relation aurait pu devenir une fois son divorce prononcé. Si avant il se raccrochait à sa fidélité pour son ex-femme et l’envie de faire réussir leur mariage malgré les obstacles, pour ne pas trop s’éprendre de Reagan. Ça aurait voulu dire se questionner, avoir un real talk et abandonner les blagues deux secondes, sa hantise. Alors il n’a rien dit, pendant des années, suivant presque sa vie comme un stalker creepy en faisant attention à ne pas liker ses stories ou ses posts pour ne pas qu’elle ne le voit apparaître dans ses notifs.

Il aurait pu continuer de l’ignorer aujourd’hui à ce mariage, il y a tout un tas d’invités, aucune obligation pour eux de se parler, mais les petits événements en ont décidé autrement. Après des années sans se parler, avec cette complicité qui semble être envolée, il ne sait pas comment agir, alors il joue la carte du small talk, ça fonctionne bien en général. Ça permet de lancer les choses et de surtout ne pas aller vers une discussion sérieuse, bien rester superficiel. Lewis pourrait essayer de recoller un peu les morceaux, comprendre pourquoi cette absence, pourquoi cette fuite mais il se dit que ce n’est pas le lieu, ni à lui de le faire, il ne veut pas de cette responsabilité. En le voyant rire à ses réflexions, il plisse les yeux, cherchant à comprendre d’où vient cette réaction, qu’elle lui explique une fois ses esprits plus clairs. Ok, pas de small talk. Il aurait dû faire quoi alors, mettre les deux pieds dans le plat et parler de la fin non prononcée de leur amitié ? Il n’a fait que suivre le mouvement. Et il est intéressé par sa vie, il ne lui dit seulement pas, parce que si elle savait, elle trouverait sûrement ça creepy de savoir qu’il écoute ses podcasts le jour de leur sortie. Voyant qu’elle s’en voudrait presque d’être venu lui parler pour qu’en retour il blablate sur les petits-fours, il tente de la rassurer directement. « Ok on oublie le small talk à la con sur le menu, j’ai compris. Mais j’suis content que tu sois venu me parler, même si je suis pas à la hauteur pour te répondre. » La glace est peut-être un peu trop épaisse pour être brisée en une phrase. La jeune femme se lance ensuite dans un monologue qui le fait sourire. Elle lui a manqué, vraiment, il s’en rend pleinement compte à cet instant en la voyant divaguer sur ses rendez-vous avec sa psy, ses parents, lui, ses parents à lui également. Il la laisse parler, il l’écoute, attendant un moment pour pouvoir en placer. Tous les deux pas mal bavards, il se souvient de leurs heures de discussion autrefois, rien ne pouvait les arrêter de parler, à part parfois la fatigue qui les faisait s’endormir au milieu d’une conversation. « Bon donc maintenant si tu reconnais quelqu’un dans les deux prochaines minutes, je saurais que tu me mens ! Tu ne m’auras pas comme ça Rea’. Et merci pour le compliment, mes parents seront ravis d’apprendre qu’ils ont fait du bon boulot, ils en doutent des fois, parce que bon je suis plutôt nul en violon et faire des blagues c’est plus un hobbie quoi, faudrait pas abuser. Moi aussi faudrait peut-être que j’aille voir un psy pour remettre la faute sur mes parents ? En tout cas les tiens aussi ont fait du beau boulot si tu veux tout savoir, t’es sans doute la meilleure chose qu’ils aient fait de leur vie. Est-ce que moi aussi faut que je me taise du coup ? » Riche idée que de finir par se taire. Il faudrait qu’il compte le nombre de conneries qu’il sort à la minute, souvent en faisant croire qu’il s’agit d’une blague. Faudrait peut-être qu’il aille voir un psy lui aussi, aussi pour régler ses problèmes avec ses parents. Ses mères, si elles restent très sympas, ont toujours eu du mal avec son choix de ne pas faire carrière dans la musique comme elle et de choisir la comédie. Même s’il a réussi comme auteur et comme acteur, elles ne le félicitent pas autant que s’il avait été un musicien moyen.

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