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You're the best at makin' me wanna vanish - Jess

@ Invité

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Mer 3 Aoû - 0:30
Cette histoire de mauvaise critique tracassait Naomi un peu plus que de raison. Elle aurait pourtant dû le savoir : c’est ainsi que marche le cerveau humain, il écarte les avis positifs pour se consacrer uniquement sur le négatif. Bon, pour être parfaitement honnête, dans le cas du dernier roman de Naomi, il y avait eu assez peu d’éloges. Ce qui gênait la jeune femme n’était toutefois pas tant le contenu de ce fameux article, mais plutôt le fait qu’il soit publié dans un journal féministe. Alors même que sa démarche se voulait progressiste, qu’elle souhaitait mettre en avant un autre genre d’héroïne tout en s’inscrivant dans le genre hyper codifié du polar, voilà qu’elle se retrouvait épinglée par son cœur de cible.

Certes, Naomi s’en voulait, elle s’en voulait d’avoir autant travaillé pour obtenir un accueil aussi frileux, mais elle en voulait également à She said she said. Et pas qu’un peu. Elle pouvait tout à fait entendre que le fruit de son travail était médiocre. Cela dit, elle ne comprenait pas pourquoi le magazine n’avait pas encouragé la créatrice qu’elle était (ou, à défaut, ne s’était pas abstenu de parler d’elle), mais avait préféré s’amuser à mettre du plomb dans l’aile de son roman. Quelle était leur volonté, leur ligne éditoriale ? À force de tourner et retourner la question dans sa tête, elle en arrivait presque à croire qu’il y avait quelque chose de personnel là-dessous – avant de se reprendre, non Naomi, tu es parano, ça n'a rien à voir avec ton père. Alors pour en avoir le cœur net et cesser de se tourmenter, elle avait googlé le nom de la boss de She said she said et déniché son mail pour lui proposer un rendez-vous.

À sa grande surprise, Jessica lui avait répondu. Et voilà comment elle se retrouvait ce jour-là attablée au Think Coffee, nerveuse et impatiente. Pour faire passer le temps, elle commanda un milkshake, mais une fois que la boisson se retrouva devant elle, elle réalisa qu’elle était incapable d’en avaler une goutte. Heureusement, l'attente ne dura pas des heures et elle aperçut bientôt Jessica pénétrer dans le café – Naomi n’eut pas besoin de se demander si c’était bien elle, Jess n’étant pas exactement de celles que l’on peut confondre. Elle se leva pour l’accueillir. « Hi, merci d’être venue. » Sa poignée de main fut un peu trop rapide pour lui donner l’air entièrement sûre d’elle. « J’ai tellement de questions à vous – à te ? – poser. » Malgré tous ses efforts pour rester professionnelle, son ton laissa deviner que lesdites questions n’étaient pas nécessairement des questions de courtoisie.

@ Invité

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Dim 4 Sep - 16:26
Jessica est une femme occupée. Elle dirige un magazine qui génère presque du profit, ce qui entraîne des invitations à divers événements, ainsi que beaucoup de réunions et encore plus d'emails, ainsi que la rédaction d'articles, de temps à autre, en plus de l'aspect managérial. Elle a aussi une vie sociale trépidante, des amies, un intérêt pour la musique, le cinéma et le théâtre qui l'entraîne à sortir assez régulièrement. Elle aime aussi découvrir de nouveaux restaurants, appeler ses ami·e·s aux quatre coins du pays. Bref, elle a un emploi du temps bien chargé et une assistante très efficace. Jessica prend donc rarement le temps d'aller boire un café avec des autrices contrariées d'avoir reçu une mauvaise critique. Pour ainsi dire, elle ne le fait quasiment jamais. Alors pourquoi se traîne-t-elle jusqu'au Think Coffee, heureusement pas très loin de ses bureaux? C'est une très bonne question.

Sa meilleure explication est qu'elle a eu un moment de faiblesse. Et qu'elle admire l'aplomb de cette Naomi Mitchell - elle a relu son nom trois fois pour s'assurer de ne pas l'oublier - qui a déniché son adresse nominative et lui a demandé des explications entre quatre yeux. Ca ne s'est peut-être que très peu produit parce que les gens ne font pas ça. Les artistes qui essuient de mauvaises critiques les ignorent en général. Ou bien les prennent comme une critique constructive pour progresser, suivant comment c'est formulé et leur tempérament. Ou ruminent dans leur coin et viennent insulter les journalistes qui les ont offensé lors d'une soirée festive. Ca, Jess l'a expérimenté un peu plus souvent. Donc oui, sans doute est-elle un petit peu curieuse de voir qui se cache derrière l'email culotté qu'elle a reçu. Parce que qu'il faut avoir un sacré mélange d'émotions pour écrire une telle requête. Déjà, il faut se croire tout permis au point d'exiger que quelqu'un libère du temps et de l'énergie pour vous. Mais il faut aussi avoir un sacrément sentiment d'insécurité pour être si affectée par une critique. La rédac cheffe est donc curieuse de croiser un tel spécimen.

Avec tout juste cinq minutes de retard, elle pousse la porte du café, ses larges sandales compensées claquant sur le sol, alors qu'elle retire ses lunettes de soleil d'un jaune éblouissant. Elle repère la jeune femme, aussi incroyablement jolie en vrai que sur les photos. C'est un peu indécent d'être une nerd pareille mais d'avoir quand même une peau parfaite, il faut normalement choisir entre les deux. Jess a à peine le temps de serrer sa main que la salutation est déjà terminée. Elle esquisse un léger sourire, essayant de détendre l'atmosphère et se montrer courtoise. « Hi. Et oui aucun problème, on peut se tutoyer. Par contre je n'ai que 45 minutes à t'accorder, grand maximum. J'ai une interview après. » N'ayant donc pas une minute à perdre, elle interpelle gentiment un serveur pour commander un latte au lait d'avoine, avant de sortir une tablette de son large tote bag, à l'effigie du magazine bien sûr.

Jessica pose l'appareil sur la table, de manière à ce qu'elle puisse toutes les deux voir l'écran, qui affiche la section culturel du site de She Said, She Said, plus particulièrement, la critique soumise à débat aujourd'hui. Après tout, Naomi est professeure de littérature, elle apprécie sans doute de pouvoir se reposer sur une analyse textuelle. Désignant l'objet incriminant d'un geste de la main, la journaliste l'invite à se lancer. « Tu avais des questions, je suis là, donc allons-y. Je ne pourrais peut-être pas répondre à tout, n'ayant pas écrit l'article et je ne voulais pas faire perdre du temps à Dionne, qui a une deadline pour le numéro de septembre. » Une attaque gratuite? Peut-être. Ou simplement les faits. Ca sera à Naomi de l'interpréter comme elle le souhaite.

@ Invité

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Sam 24 Sep - 22:00
Dès la première seconde où elle l’aperçut, Naomi comprit quelque chose de fondamental à propos de Jessica Doyle : la chef de She said she said possédait ce qu’on appelle communément une overconfidence. Et cela compliquait sérieusement la mission de l’écrivaine. S’imposer à côté de cette jeune femme à l’allule de star de cinéma et de ses sandales honteusement hautes, quand on mesure 1m55 et qu’on a des baskets aux pieds, risquait de ne pas être une mince affaire. Naomi se surprit à ressentir une pointe d’admiration, qui s’évanouit bien vite lorsqu’elle se souvint pourquoi elle était là.

Instinctivement, elle se redressa pour accueillir Jess avec tout le professionnalisme dont elle était capable. Très vite, celle-ci lui fit comprendre qu’elle n’avait que peu de temps à lui accorder, que ce rendez-vous n’était pour elle qu’une sorte de formalité dont elle avait hâte de se débarrasser. Naomi se crispa légèrement. Du bout des lèvres, elle rétorqua : « 45 minutes, ce sera largement suffisant. » Allez, tu es une fille courageuse, tu ne vas pas te laisser impressionner par une starlette, se répéta-t-elle intérieurement, comme un mantra.

Naomi ne s’attendait cependant pas à ce que Jess lui colle la fameuse critique sous le nez. En police 14 sur l’écran d’une tablette rutilante, s’il vous plaît. Les mots, qu’elle connaissait désormais par cœur, lui sautèrent à nouveau à la figure. Un roman trop académique, qui noie le lecteur sous les références. Un bon devoir de fac de lettres, mais pas plus. N’est pas Gillian Flynn qui veut. L’humiliation s'infiltra dans tout son corps, lui arrachant un frisson. Pour y échapper, Naomi repoussa doucement la tablette vers Jessica. « Écoute, je ne suis pas là pour faire un commentaire de texte, c’était pas l’idée. » Elle inspira et tacha de ne pas passer pour une artiste aigrie, contrariée et revancharde – ce qu’elle était pourtant, d’une certaine façon. « Je peux entendre que mon roman est mauvais. Vraiment. On ne peut pas plaire à tout le monde, c’est vrai, et je n’ai pas donné rendez-vous à chacun des critiques qui ont exprimé un avis mitigé. » Elle s’interrompit d’elle-même, avant que ses justifications ne commencent à avoir l’air louches.

Décidant d’en venir au cœur du problème, elle mobilisa tout son courage pour planter son regard dans celui de Jess qui, dieu merci, avait retiré ses lunettes de soleil. « Mais pourquoi avoir décidé de descendre un bouquin qui a sincèrement essayé de porter un message féministe ? L’objectif n'est pas d'encourager les femmes à se positionner dans les registres dans lesquels on a pas l’habitude de les voir ? Pourquoi ne pas avoir choisi d’ignorer mon roman ? » Ç’avait été un parcours du combattant pour faire comprendre aux éditeurs que non, son projet n’était pas “girly”, et que oui, il avait sa place dans leurs rayons. Tout ça pour être la cible d’une critique assassine par un magazine féministe… Il y avait de quoi être découragée.

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Dim 2 Oct - 17:25
L'autrice contrariée a l'air bien moins courageuse en personne que dans son email, ce qui attendrit Jessica autant que ça la déçoit. En bonne native du New Jersey, elle n'aime rien tant qu'une belle femme avec une grande gueule. Et c'est un peu facile de se cacher derrière une façade numérique pour ensuite se montrer timorée quand on vous serre franchement la main et vous donne une deadline. Elle repousse aussi la tablette, doucement mais avec une nette intention de ne pas avoir le texte sous les yeux. La journaliste peut comprendre, elle ne s'amuse pas à relire les avis négatifs du magazine sur google et ne collectionne pas les lettres et emails des lecteurs (plus que lectrices, soyons honnêtes) mécontents. Mais elle ne demande pas non plus des comptes à tous les gens qui ne l'apprécient pas, heureusement d'ailleurs, sinon elle n'en aurait jamais fini.

Avec un léger haussement d'épaules, elle remballe sa tablette, ressentant à nouveau un mix d'émotions envers Ms Mitchell. Elle aurait aimé qu'elle se montre plus combative, qu'elle démonte point par point la critique, lui offre une contre argumentation rigoureuse et passionnée. Mais elle la sent aussi un peu mal à l'aise, sans doute émotive et elle n'est pas complètement indifférente aux émotions d'autrui. Jessica s'efforce donc de réserver son jugement et laisse l'écrivaine s'exprimer. Et ça commence assez mal, puisqu'elle défend son incapacité à accepter la critique en affirmant qu'on ne peut pas plaire à tout le monde. Un choix audacieux pour quelqu'un dans sa situation vraiment, qui arrache un froncement de sourcils à la journaliste. Serait-elle en train de perdre son temps précieux?

Enfin, Naomi entre dans le vif du sujet, la regardant droit dans les yeux pour pleurnicher qu'elle est féministe et donc mérite un meilleur traitement. Il faut une grande force morale et une mobilisation de tout son professionnalisme pour ne pas lui rire au nez. Vraiment, c'est là qu'est son grief contre elle et son magazine? J'ai écrit un exercice stylistique pour un cours de littérature féministe de 1ère année de fac et j'estime donc devoir recevoir l'approbation de toutes les femmes? Franchement culotté. Le pire dans tout ça est sans doute que cette jeune autrice a plein de choses intéressantes à dire. C'est une femme noire, se réappropriant un genre plutôt blanc, issue d'un milieu académique. Et son style est plutôt bon, quand elle s'autorise un moment de sincérité. Mais elle a choisi d'être dans le mimétisme de la myriade de femmes autrices de thrillers plutôt que dans la création et soudain, c'est la faute des autres féministes qui lui font remarquer? Incroyable.

Le serveur apporte leurs boissons et Jess avale une grande gorgée de café, prend sa respiration, puis se lance dans sa propre petite tirade. « Alors déjà, reprenons quelques bases, le féminisme ça ne veut pas dire soutenir inconditionnellement toutes les femmes sous prétexte que ce sont des femmes. Au contraire, si nous n'avions pas critiqué ton livre avec la même honnêteté et la même rigueur que tous les autres, ça aurait été insultant pour toi. Et puis, on ne recommande jamais d'œuvres d'homme cis blancs, donc c'est un non argument. » Naomi Mitchell n'est pas la première à avoir une mauvaise critique, mais elle est peut-être la première à le prendre si personnellement. Ce serait mignon, si elle avait 21 ans et aucune expérience du monde. « Ensuite, encourager les femmes dans le thriller? Tu plaisantes? » Comptant sur ses doits, la brune récite les quelques exemples qui lui viennent en tête. « Agatha Christie, Mary Higgins Clark, Patricia Highsmith, Gillian Flynn, Tana French, Camilla Lackberg… Et j'en oublie des dizaines, je suis désolée de t'annoncer la nouvelle, mais tu es loin d'être une pionnière. Mais ça ne veut pas dire que tu ne peux pas écrire des choses intéressantes, c'est pour ça que Dionne a voulu lire ton livre. Ca l'a déçu, elle a donné son avis, c'est comme ça que ça marche. Et dans l'ensemble, je suis assez d'accord avec elle, même si je pense que ton prochain bouquin sera bien meilleur. » Il y a une légère possibilité que Naomi lui lance son café dessus avant de partir, mais elle ose espérer qu'elle lui montrera plutôt qu'elle a raison de voir son potentiel.

@ Invité

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Sam 22 Oct - 14:18
Soudain, Naomi regretta ce rendez-vous désespéré, ce mail envoyé sur un coup de tête un soir où elle était particulièrement vulnérable. Elle prit conscience qu’elle offrait un spectacle pathétique. Parce qu’elle révélait une image d’elle-même qu’elle aurait préféré garder pour elle, celle d’une éternelle insatisfaite. Insatisfaite de son roman, de sa carrière, mais aussi de son mariage, et même de son divorce. Un instant, Naomi se demanda ce qu’elle faisait là et à quel moment sa vie avait pris un tournant aussi décevant, au point de se retrouver en position de faiblesse face à Jessica Doyle – cette femme qui semblait n’avoir aucun problème dans la vie, excepté peut-être le fait de devoir courir après un taxi en talons de 10 centimètres.

Naomi détestait qu’on lui explique des choses avec un ton professoral. Il faut dire que la prof, c’était elle, et l’inversion des rôles ne lui plaisait pas du tout, du tout. Elle s’étrangla presque en répétant : « Reprenons quelques bases ?? » Sa nature sarcastique ressortant sous l’effet de l’agacement, elle ricana : « So nice of you to explain feminism to me, thank you.... » Naomi décida alors d’abandonner la façade formelle qu’elle avait essayé de revêtir. Elle en avait marre d’être polie, professionnelle et de dire gentiment bonjour-d’accord-merci. Elle ne se priva donc pas de croiser les bras sur sa poitrine et de dévisager Jess tandis qu’elle parlait, à la fois fascinée par tant de confiance et exaspérée par sa condescendance à peine voilée. Car Naomi avait conscience de faire un peu pitié, mais elle ne tolérait pas non plus qu’on la prenne de haut. Si elle gardait le silence, elle n’en pensait pas moins, ça se lisait très clairement dans ses yeux, et c’était presque plus désagréable qu’une bonne vieille gueulante à l’ancienne.

Elle ne réussit cependant pas longtemps à se taire. Jess avait raison, Naomi n’était pas une pionnière, mais cette dernière fut hérissée par ses arguments. Sa langue claqua contre son palais et elle décroisa ses bras dans un mouvement d’humeur : « Oh please, this is such a dishonest argument ! J’ai plein de noms de réalisatrices qui me viennent en tête quand on me parle de “thrillers” (elle compta elle aussi sur ses doigts, de façon parfaitement insolente) : Kathryn Bigelow, Patty Jenkins, Mary Harron, Lana et Lilly Wachowski – mais ça ne signifie pas pour autant que le registre nous est facilement accessible. C’est comme si tu me disais que l’informatique n’est pas un milieu masculin parce que t’es capable de me citer Ada Lovelace et Grace Hopper. Namedropping is cool, okay, but it can't be a proof, unless you want to prove to me that you know things. » Les dernières paroles de Jess la firent grincer des dents. Elle n’en croyait pas un mot, incapable de comprendre que la journaliste était pourtant sincère. « Ne te sens pas obligée d'arrondir les angles avec un compliment. Mais t’as raison, le prochain sera meilleur, je peux te le promettre. » Ne restait plus qu’à en trouver le sujet et un bon angle pour l’aborder, autant dire que ça n’était pas encore gagné et que Naomi, désireuse de ne pas se laisser marcher sur les pieds, s’avançait peut-être un poil trop.

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