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Louder Than Words ft Wesley

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Dim 14 Aoû - 0:35
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louder than words  ;
Wesley & Joham


Une nouvelle journée de repos, une nouvelle épreuve. Cela devenait une habitude pour Joham. Dès qu’il n’était pas à la caserne ou dans les rues de Brooklyn pour sauver des vies, il se battait contre ses vieux démons. Une façon un peu brut de prendre soin de lui. C’était peu reposant, pas très agréable sur le moment, mais sa psychiatre, Dr. Grayson lui affirmait que le temps lui donnera raison. Tout ce vous faites n’est pas vain sur le long terme, Joham, disait-elle avant de mettre Fin à leur dernière séance. Au fond de lui, le pompier savait qu’elle avait raison. Mais entre le savoir et être capable de le ressentir et de trouver la force pour faire un premier pas, il y a une large différence.

Tous les jours que l’Univers faisait était un combat. Encore et toujours dans ce cycle que le jeune homme avait adopté pour enfin sortir de cette tempête. Il y avait encore énormément de chemin, mais à cet instant, une énorme avancé allait se produire.

Dès que Joham eut la confirmation par sms de son frère, le stress le tourmentait.

« Salut Wes. Est-ce que tu serais partant pour te prendre un café à emporter et se promener à centrale Park, jeudi prochain, pour 15h ? J’espère que tu vas bien. »

Ils devaient se retrouver à Central Park, dans l’après-midi. Déjà que ce message fut compliqué à écrire, à relire, à effacer puis à réécrire à nouveau. La confrontation lui semblait être titanesque. Il n’avait pas peur de Wesley. Ni de ce qu’il pouvait bien dire. Ce qui lui semblait effrayant, c’était sa colère. Celle qu’il a depuis tellement d’années. Cette rage qui a grandit en même temps que ses os brisés pas le cancer. Cette amertume qui a envahi son être quand Wes est entré dans cette école d’art que Joham convoitait. Joham avait peur de la personne qu’il allait devenir devant lui. Peur de dire des mots qui pourraient sembler dépasser ses pensées… Mais qui ne le seraient pas. Cette rencontre avait comme motif de se retrouver, de discuter et d’échanger pour enterrer un malaise persistant depuis trop longtemps.

Dr. Grayson avait été claire à ce sujet : Si la colère doit parler, laissez la couler. Mais sachez votre limite pour que votre baignoire de déborde pas. Une bien belle phrase qui ne l’aidait pas à savoir sa limite. Il allait devoir improviser, prendre sur lui car son esprit est brouillé par ces émotions négatives et son envie sincère de retrouver ce frère qu’il a tant aimé, enfant. Au fond de lui, il savait très bien qu’un seul mot pouvait tout faire exploser.

Dans le métro, il était perdu dans ses pensées. D’abord stressé, il écouta la comédie musical préféré de son mari. Bercé par Tick, Tick… BOOM! il pensait à Derek. Était-il fier de lui ? Il l’espérait.  Derek qui avait toujours voulu que les deux frères se retrouvent, il serait même fier d’apprendre que l’initiative viendrait de Joham. Pendant ces nuits ans de mariage, jamais il n’avait parvenu à le convaincre de voir son ainé et de discuter de tout ça. Jamais. Peut-être que ces années lui étaient nécessaire…

Actions speak louder than words… Les paroles de leur chanson favorite raisonnaient en lui. Cette même chanson qui avait ouvert leur mariage. Le pompier sentit ses poumons se gonfler d’un air étrangement frais pour Manhattan. Le courage ? C’était comme si l’optimisme de son mari venait de le posséder. Venait-il d’ouvrir les yeux ou était-ce là une énième illusion pour se protéger ? La question ne lui traversa pas l’esprit tant il profita de son voyage jusqu’au parc, entraîné par la voix de Jonathan Larson.

Comme à son habitude, Centrale Park était bien animé. Les touristes découvraient, admiratifs, le poumon de Manhattan tandis que les locaux, profitaient de cette pause végétale bien méritée. Arrivé en avance, Joham passase prendre des boissons. Un latte, double pompe de vanille avec un lait à température enfant pour lui. La première fois que Derek découvrit ça, il ne put s’empêcher de se moquer.
Je touche suffisamment de choses chaudes tous les jours, j’ai mon quotas, répondit Joham.
—Pourtant… ce quotas disparaît quand tu es avec moi ? Affila Derek avec un sourire enjôleur.


Un doux souvenir qui occupa ses pensées dans la file d’attente. Un pincement au cœur se présentât à lui mais qui ne parvint pas à déprimer le pompier. En revanche, ce qui le perturba était une question toute bête. Que voudrait Wes ? Qu’aimait-il boire ? Cette simple question le laissa silencieux devant la barista. Légèrement abattu, il décida de prendre un thé glacé, idéal pour la chaleur estival. Mais dans l’attente de ses boissons, cette question le torturait encore. C’était bête comme demande, mais elle démontrait la distance que le temps et la colère avaient creusée. Un fossé suffisamment grand pour ne pas savoir ce que son unique frère aimait boire dans un foutu Starbucks.

Sur le chemin pour l’entrée ouest —l’endroit du rendez-vous—, son saboteur interne ne se gênait pas pour poser tout un tas de questions similaires. Aujourd’hui qu’elle était sa couleur préféré ? Son film favori ? Son repas réconfortant ? Même en se basant sur le peu de souvenir qu’il lui restait de son enfance, il devenait difficile d’y répondre. De cette absence de réponse découla la honte, puis la colère. Contre lui-même, mais aussi contre Wes. Tout ceci ne serait pas arrivé s’il n’avait pas été lâche, murmurait cette voix interne qui n’avait qu’unique objectif de foutre le bordel.

Perdu dans divers sentiments et légèrement abattu que Joham attendit son frère. Dix minutes à peine, il le vit. Son allure était remarquable de loin. Pas qu’elle soit extravagante, mais il y avait ce on-ne-sait-quoi qui permettait au cadet de reconnaître son aînée de suite. Et la première chose qui frappa son visage, c’était que le pompier souriait sans s’en rendre compte. A cet instant, il ne s’en rendait pas compte, mais il était heureux de revoir Wes.

Arrivé à sa hauteur, Joham lui tendit sa boisson.

Salut, je ne savais pas ce que tu pourrai boire alors… J’ai prit un truc frais et pas trop sucré. J’espère que tu aimes le sirop de pêche, dit-il avec sourire gêné.

A cet instant, le nuage de négativité avait été soufflé par l’image de Derek, fier de voir ces retrouvailles qu’il espérait tant.


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Mar 16 Aoû - 16:31
TW mention de dépression

Si Joham avait envoyé ce fameux message ne serait-ce que trois mois auparavant, Wes se serait dégonflé. Il aurait invoqué une excuse bidon et peu convaincante pour décliner le rendez-vous. Il aurait manqué de courage, comme il en avait manqué la majeure partie de sa vie, en particulier lorsqu’il s’agissait d’affronter son demi-frère. Leur relation fraternelle, il l’avait bêtement bousillée à ses quinze ans, par manque de maturité. Depuis, soit vingt-cinq ans après, ça le minait encore – si Wes n’en avait pas conscience, son psy, lui, avait très vite identifié le problème.

Mais Wes allait mieux. Depuis quelques mois, il incarnait une meilleure version de lui-même, un peu moins lâche, un peu moins pessimiste. Le fantôme de la dépression, oppressant et douloureux, le quittait petit à petit, ne laissant derrière lui que la fierté de s’en être sorti. Oh, Wes ne s’en était pas tiré seul, au contraire, il avait été bien entouré. À commencer par sa petite amie, auprès de qui il avait tiré le courage d’accepter le rendez-vous fixé par Jo.

C’est comme ça qu’il se retrouva à Central Park en plein milieu de l’après-midi, ses mains rendues moites par le stress fourrées dans les poches de son sweat. Joham s'était montré judicieux dans son choix du lieu. Un café aurait été étouffant, Wes préférait l’espace ouvert du parc, il avait l’impression de respirer, le poids sur sa poitrine semblait plus facile à supporter à l’air libre. Car le musicien était terrifié. Il craignait que la discussion ne dégénère, comme elle avait fini par dégénérer à chacune de leurs tentatives de s’adresser la parole. Mais le SMS de Joham témoignait d’une infinie bonne foi, pour preuve le J’espère que tu vas bien qui le concluait. Wes sentait que ça n’était pas seulement une formule de politesse, que son frère se souciait vraiment de son état. Ça le surprenait et le troublait à la fois. Rien de plus normal, après vingt-cinq longues années de guerre froide entre eux.

Malgré sa tentative d’arriver à l’heure, Wes se pointa tout de même avec dix petites minutes de retard, la faute au métro peu fiable et à son organisation douteuse. Non content d’être à la bourre, il n’avait fait aucun effort vestimentaire. De toute façon, il n’en faisait jamais, pas même au mariage de sa mère et de son beau-père, où on lui avait fait comprendre que son jean troué n’était pas adapté au dress code. Personne n’avait su dire si c’était de la provocation ou s’il était simplement à côté de la plaque – un peu des deux, en vérité.

Wes aperçut Jo en premier. Tout un tas de questions envahirent son crâne. Parmi elles : de quoi allaient-ils parler ? Le brun était plutôt bon en matière de small talk avec des inconnus, sauf que là, on ne parlait pas d’un inconnu, on parlait de Jo. Lors du repas de Thanksgiving chez leur mère, l’année dernière, ils n’avaient même pas été foutus de tenir un semblant de conversation normale. L’envie irrationnelle de faire demi-tour le saisit, mais il songea à la tête que tirerait sa copine s’il rentrait bredouille et il se maîtrisa.

Le brun s’approcha de Joham, presque prudemment, comme s’il avait peur de commettre un impair dès la première seconde. « Salut, Jo. » Presque intimidé par le sourire qui ourlait les lèvres du jeune homme, Wes baissa les yeux sur le thé glacé qu’il lui tendait. Il fut obligé d’extirper ses mains profondément enfouies sans ses poches pour s’en saisir. Puis, maladroitement, il bredouilla : « Heu, ouais, t’en fais pas, sirop de pêche c’est parfait. Merci. » Relevant son regard vers Jo, il dut reconnaître, avec un brin de fierté, que son frangin avait belle allure. C’est bien mon petit frère ça, songea-t-il avec satisfaction, avant que son élan d’orgueil soit balayé par ce mélange de honte et de tristesse qu’il connaissait bien. « Désolé, je suis en retard, je suis parti en avance mais j’ai merdé avec le métro, bref, tu me connais. » Wes se mordit l’intérieur de la joue. Non, ils ne se connaissaient pas, c’était bien ça le problème. Jo ne connaissait pas l'adulte qu’était devenu Wes. Les nouvelles que Wes demandait à sa mère les rares fois où il l’avait en visio sur WhatsApp ne lui suffisaient pas non plus à connaître Jo. C’est sur ce triste constat qu’il demanda, toujours avec prudence : « Comment tu vas ? » Et puis, pour rendre la question moins solennelle et le malaise moins palpable, il ajouta : « Ça te dit de marcher un peu ? »

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Ven 19 Aoû - 22:41
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Wesley & Joham


La confusion de son frère amusait Joham. Aucune moquerie de sa part, il trouvait ça touchant. Vu l’absence des efforts qui définissait la vie fraternel de Wes, le voir ici relevait du miracle, et Jo le savait très bien. Sa simple présence avait le mérite de lui tirer un sourire et de le conserver sur son visage tâché de rousseurs. Une autre chose était certaine, le plus stressé des frères, c’était bel et bien le musicien. Il suffisait au pompier de voir comment son frère bredouillait une réponse pour le comprendre. Ce dernier accepta la boisson, non sans réjouir Joham.

Symboliquement, cette boisson —et plus généralement ce rendez-vous— était un drapeau blanc planté dans les terres familiales. Joham était fatigué de se battre contre Wesley. Il voulait la paix, mais avant cela, il avait besoin de réponses, d’éclaircissement pour mieux enterrer la hache de guerre. Il avait beaucoup de chemin avant d’en arriver là, mais si Wes était présent, c’est que, d’une certaine manière, lui aussi le voulait. Tout du moins, c’était la conclusion que Jo se faisait dans sa tête. Cette idée, peut-être un brin utopiste le gonflait d’espoir. Un pas après l’autre, il fallait y aller en douceur.

Concernant son retard, le jeune homme signifia d’un geste de la main que ce n’était pas grave. Il était là. C’est tout ce qu’il voulait. T’inquiète pas, je suis habitué à t’attendre. Mais pour une fois, c’est dans de belles conditions. Ce parc change de ma chambre d’hôpital, songea-t-il. Il aurait aimé lui dire ça, mais il se tendit vite compte qu’une blague de ce genre était la bienvenue. L’humour noir l’aidait, mais Jo ignorait si Wes aurait bien réagit face à ce genre de plaisanterie un peu extrême.

Bien sur, allons-y, fit-il en prenant une gorgée de sa boisson chaude.

Il ne répondit pas tout de suite à la question de son frère. Comment allait-il ? Plus difficile à dire qu’on ne peut le penser. Pour éviter que le malaise ne perdure trop longtemps, il répondit en cherchant ses mots.

Et bien, je crois que ça va. C’est un peu les montagnes russes, mais j’apprends à contrôler tout ça. J’essaye. Avec ma psychiatre, le docteur Grayson. C’est une femme formidable. Je la vois depuis quelques semaines pour que je puisse faire le deuil de Derek.

Prononcer ce prénom était difficile, surtout aujourd’hui. Joham n’avait jamais réellement parlé de ce qu’il ressentait depuis la perte de son époux a qui que se soit. Pire encore, c’était bel et bien la première fois qu’il s’ouvrait à ce sujet à son frère. Des premières larmes venaient à perler dans le creux de ses yeux mais il les chassa d’un coup de manche. Ce n’était ni le moment, ni le lieu de se laisser submerger.

Et… J’avance, petit à petit. Je me pose beaucoup de questions, aussi sur lui, sur toi, sur les parents, sur mon boulot. Mais je vais m’en sortir, je sens que je suis sur la bonne route et pour ça, j’ai besoin de ma famille. De toute ma famille.  

Il insista bien sur cette dernière phrase, qui faisait office d’un aveu à demi-mot. Il avait déjà ses parents à ses côtés, mais plus que jamais, la présence de son frère était indispensable. Joham ne pouvait plus vivre d’idéaux, de mots cassés, il tentait d’être enfin complété. Une nouvelle gorgée d’avalé pour se donner du courage. Il regarda son frère, et lui adressa un sourire. Ses yeux étaient rougies par les larmes mais son regard, lui montrait la détermination qu’il avait pour s’en sortir.

Et toi, comment vas-tu ? Tu as une pauvre mine.

Son intérêt pour Wes était sincère. Peut-être pas la plus naturelle au vu de toutes ses années d’absences, mais il voulait vraiment savoir comment son ainé se sentait. Dans le cas où ça n’irait pas, il était même prêt à l’aider. Certaines personnes méritent une seconde chance. Wesley n’était pas parfait, mais il la méritait, cette seconde chance. La psychiatre avait bien insisté sur ce point, et Joham était d’accord pour admettre qu’un vide n’attendait qu’une seule chose ; qu’il revienne.



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Lun 29 Aoû - 15:30
TW : mention de deuil, de dépression, de dispute

Wes avait vaguement l’impression d’avancer en terrain miné et chaque mot qu’il prononçait lui faisait retenir son souffle. Pour l’instant, il n’avait pas encore tout fait péter. Sacré coup de bol, sachant qu’à leurs dernières retrouvailles, il avait à peine suffit de quelques phrases échangées pour qu’ils commencent à s’engueuler. Mais Jo semblait sensiblement différent de la dernière fois où il l’avait vu, il paraissait plus serein, moins en colère. Wes lui-même ne se trouvait plus autant sur la défensive. Bref, leur duo était moins explosif qu’auparavant.

Ils firent quelques pas, ce qui donna à Wes l’occasion de détourner son regard pendant que Jo parlait. Regarder ailleurs lui facilitait la tâche. Car si Jo racontait des éléments factuels, sans misérabilisme, ça secouait quand même le musicien. Au prénom de Derek, il tressaillit. Il hésita à dire qu’il aurait aimé mieux connaître le compagnon de son frère, cette personne si importante pour lui, mais il se retint. Il en avait eu l’opportunité à de multiples reprises sans jamais saisir l’occasion, la faute à une bête rancœur. La culpabilité lui donna envie de creuser un trou, là, tout de suite, pour s’y enterrer et disparaître. Au lieu de ça, il déglutit avec difficulté avant d’oser doucement : « C’est bien que tu aies trouvé quelqu’un pour t’aider avec tout ça. Et heu… Je suis désolé. Je ne sais pas si je te l’ai déjà dit, mais je suis désolé pour Derek. »

Il se sentit soudain tout petit, avec ses faux problèmes d’artiste vaguement torturé, en comparaison de son frère et des drames déchirants qu’il avait traversés. L’avalanche de sentiments négatifs (la honte, l’auto-accusation, la douleur) qui s'abattit sur lui le fit vaciller. L’espace d’un instant, il se dit qu’il n’était pas capable de poursuivre la conversation. Qu’entendre tout ça, même à demi-mots, lui était trop difficile. Il avait beau être l'aîné, il se savait tellement moins solide que Joham. Le musicien aurait était incapable de supporter un dixième des combats de son frère. À commencer par le deuil, cette épreuve qu’il n’avait jamais traversée et dont la seule évocation suffisait à l’angoisser. L’idée de perdre Anneke lui était absolument insupportable et il ne parvenait même pas à imaginer le vide que laissait Derek dans la vie de Jo.

Machinalement, du bout de sa manche, il enleva la condensation sur les parois de son gobelet de thé glacé. Son attention accaparée par cette tâche futile, il ne vit pas les quelques larmes s’échapper des yeux de Joham. Je me pose beaucoup de questions sur toi. J’ai besoin de toute ma famille. Les mots se mirent à résonner dans son crâne. Manifestement, Jo réclamait son soutien, sa présence. Il lui demandait d’être courageux, d’arrêter de fuir. Wes hocha la tête pour signifier qu’il comprenait, sans pour autant réussir à émettre autre chose qu’un faible « Je comprends. »

Puis Jo lui retourna la question, relevant le teint pas très frais du brun. Wes haussa les épaules, pas vexé pour un sou. « Oh ça ? (Il fit un geste circulaire pour désigner son propre visage, ses yeux légèrement cernés) T’en fais pas, j’ai juste pas beaucoup dormi, c’est tout. » Il esquissa un sourire timide. « Ça a été un peu compliqué pour moi ces dernières années. Mais ça va mieux. Ça va bien. Je vais voir quelqu’un, aussi. Ça aide bien, mine de rien. » De peur de commettre une maladresse, il s’était montré sibyllin, bien qu'honnête. Il avait édulcoré sa dépression, les journées passées à traîner dans le canapé, profondément malheureux. À côté de l’expérience de Jo, ça lui paraissait ridicule. Pour Wes, tout était parti de la séparation de son groupe de l’époque, bref, rien qui ne semble très grave lorsque c’était mis en perspective. Wes avait aussi évité de mentionner son récent couple. Ça lui semblait malvenu.

Je me pose beaucoup de questions sur toi. La phrase s’imprima à nouveau dans son esprit. Le pauvre Je comprends qu’il avait murmuré pour toute réponse lui parut soudain dérisoire. Jo méritait un peu plus que ces deux petits mots émis du bout des lèvres. Rassemblant son courage, Wes prit une grande inspiration et se décida enfin à mettre les pieds dans le plat. « J’ai pas vraiment été un frère modèle, pas vrai ? »

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Mer 14 Sep - 14:38
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Wesley & Joham


Bien que le sujet ne conversation n’était propice aux sourires, Jo ne pouvait s’en empêcher. Il ne contrôlait pas la façon dont son corps réagissait aux propres de Wes. Des mots dits avec une certaine pudeur mais qui méritaient d’exister et surtout d’apporter un peu de chaleur. Une simple allumette grillée qui se montrait capable d’embraser une forêt.

On pouvait bien voir que le pompier tentait de contenir ce sourire mais l‘idée même de se tenir à côté de son frère, sans dispute, sans colère était vivifiante. Joham sentait bien que son frère marchait sur des œufs, tout du moins que c’était probablement l’impression qu’il avait. Dans son fort intérieur, et s’ils avaient inversé leur place, Jo ressentirait la même chose. Alors, en l’écoutant, il s’avait que des maladresses pouvaient arriver mais que surtout, elles n’avaient pas but d’être des armes. Tout ceci était nouveau pour eux. Et ensemble, ils allaient, —Jo l’espérait fortement— redécouvrir leur fraternité à parti d’aujourd’hui. Ils auront des hauts et des bas, mais le pompier se promettait de plus revivre ce qu’ils avaient vécu, dans le passé.

La dernière question de Wesley étonna Jo. En continuant de marcher, il prit un court instant pour réfléchir. Bien sur que Wes a été un exemple de ce qu’un frère ne devrait pas être. Si c’était une promotion universitaire, il aurait probablement été major de son cursus. Mais était-ce nécessaire de le dire sous cette forme ? Cet instant silencieux lui donna le temps nécessaire pour mettre une forme dans son ressenti. Aujourd’hui, il n’était pas question de cacher des vérités qui, de toute façon, l’ont été trop longtemps.

Et bien, pour être parfaitement honnête, pas vraiment. Si on se base sur des données empiriques, tu as abandonné ton petit frère atteint d’un cancer des os.  Tu n’es venu que trop rarement me voir à l’hôpital alors que tu étais mon superman, mon héros, cette inspiration qui tous les jours me nourrissait de force et d’art. Alors, oui, tu n’as pas été un excellent frère, dans le passé.

Les mots étaient durs, mais le ton employé par Joham était calme. Il n’y avait aucune rancoeur dans sa voix. Il poursuivit sa réponse après avoir avalé une gorgée de sa boisson.

Mais tu sais, je pense que tu t’aies assez torturer pour ça. Aujourd’hui, j’aimerai pouvoir en discuter avec toi, que tu me parles de ce que tu as ressenti car tout à commencer avec mon cancer. Qe je puisse, pour une seul et unique fois, te dire les mots durs mais les mots de ce que j’ai ressenti comme l’une des pires choses de ma vie. Je voudrais qu’on parle de tout ça et qu’on enterre la hache de guerre. Je suis fatigué d’être seul et de n’avoir un frère qu’en théorie.

Jo eut un sourire jaune avant de s’arrêter de marcher et de faire face à son frère.

Pour autant, je ne suis pas parfait et j’ai commis des erreurs. Pleins. Et je voudrais te donner un temps pour que toi aussi, tu puisses m’en parler. Tu sais, de ces moments ou tu aurais aimé que je sois là pour toi. Plus de secret, plus d’hypocrisie. Je voudrais vraiment qu’après cette conversation tu saches que je suis maintenant là pour toi. J’ai été aveuglé pendant des années par cette colère, puis par une douloureuse indifférence. Même Derek n’arrivait pas à me faire changer d’avis à ton sujet… Le perdre…

Une nouvelle fois, des larmes venaient à perler dans le coin de ses yeux et son regard montrait qu’il était déterminé. Déterminé à se battre contre ses propres démons. Joham ne voulait plus se laisser mener par sa vie et ses peurs.

Le perdre ma fait comprendre qu’on saura jamais de quoi la vie est faite. Qui sait si demain je n’aurai pas un nouveau cancer, une poutre en feu sur le corps… Et je ne veux pas me dire qu’à la conclusion de ma vie —peut importe à quel moment elle sera et j’espère que c’est dans au moins cinquante ans— je n’aurai pas essayé de retrouver mon frère que j’aime et qu’au fond, j’ai toujours aimé.

Le jeune homme haussa les épaules avec un rire nerveux. L’idée qu’il pouvait mourir à n’importe quelque moment l’angoissait beaucoup, surtout depuis la mort de Derek.  Mais il travaillait sur cette peur et il était plus que motivé à la vaincre.


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Sam 24 Sep - 15:05
TW : maladie, dépression

Wes ne savait plus vraiment qui de Joham ou lui, à cet instant, était le vrai grand frère. La maturité rayonnante de Jo le frappa. Il lui semblait qu'il redécouvrait la personne qui se tenait à ses côtés, un homme patient et assagi, diamétralement opposé au souvenir qu'il gardait de lui lors de leur dernière réunion de famille. Il se sentit tout à coup bête et tellement, tellement puéril. Leur petite guerre n'aurait jamais dû durer si longtemps et il s'en voulait d'avoir attendu que Jo fasse le premier pas.

À sa question maladroite, Joham répondit avec une sincérité désarmante. Wes était celui qui avait mis les pieds dans le plat, il s'attendait à ce que Jo allait dire, pourtant la violence de ses propos lui noua la gorge. Les mots "abandonner ton frère" et "mon héros" le frappèrent de plein fouet. Incapable de parler, il se contenta d'écouter – de toute façon, il aurait été malvenu de couper Jo alors que celui-ci vidait son sac. Malgré tout, étrangement, Wes lui était reconnaissant de ne pas arrondir les angles. Il avait besoin d'entendre tout ça, de se débarrasser une fois pour toutes des non-dits, aussi douloureux ces reproches tus pendant des années soient-ils.

À la fin du discours de Joham, Wes, bouleversé, eut besoin de quelques pas en silence pour ordonner ses pensées. J'aimerais que tu me parles de ce que tu as ressenti… Wesley comptait commencer par ça, par cette facette du récit qu'il n'avait jamais confiée à personne, pas même à son psy, pas même à Ann alors qu’elle savait tout de lui. Incertain, il se lança : « Quand maman m'a appris ta maladie, j'ai passé trois jours enfermé dans ma chambre, je refusais de lui parler, je crois que j'en voulais au monde entier, parce que c'était incompréhensible. Pourquoi toi, ça n'avait pas de sens, j'avais aucun contrôle sur ce qu'il t'arrivait et ça me faisait peur. » Nerveux, le musicien mordilla la peau autour de son pouce, avant de conscientiser ce geste parasite et de baisser sa main. « J'ai eu très peur. C'est pas pour me dédouaner, mais personne n'a pris le temps de m'expliquer qu'il y avait des chances pour que ça se passe bien, moi j'avais en tête toutes ces scènes dans les films qui ne se terminent jamais bien. »

Wes ferma une seconde les yeux, bénissant encore une fois le choix de l'endroit, car l'air frais le calmait un peu. « Je sais pas si tu t'en souviens, la première fois que je suis venu à l'hôpital… Jeez, même aujourd'hui j'arrive pas à en parler. » Lui qui s'était promis de ne pas pleurer commençait à montrer de sérieux signes de faiblesse. Immédiatement après, le musicien ressentit le besoin d'évoquer un souvenir plus heureux. « Peut-être que maman te l'a raconté, mais quand elle m'a annoncé qu'elle était enceinte, j'étais si heureux d'avoir un petit frère. J'ai pas été jaloux une seule seconde. » Le souvenir le fit sourire, chassant les larmes qui menaçaient de poindre – son lui enfant, surexcité par la nouvelle, si pressé de trimbaler son petit frère partout avec lui alors que celui-ci n'en était encore qu'au stade d'amas de cellules.

« Quand t'as commencé à aller mieux, j'ai eu tellement honte. J'étais même plus capable de te regarder. Et puis tout s'est enchaîné, la Juilliard, je suis parti, les premiers mois je suis rentré tous les weekends, et après j'arrivais plus à t'affronter, alors j'ai espacé, jusqu'à ne plus rentrer du tout. Après j'ai eu mon groupe, on a pas mal voyagé, ça me donnait une bonne excuse pour louper Thanksgiving. Je regrette, tu sais ? » Ces derniers mots le libérèrent d'un poids. Enfin, il faisait son mea culpa et apaisait la honte vivace qui ne le quittait plus depuis leur adolescence. Le brun baissa les yeux sur ce thé glacé qu'il n'avait pas encore touché, pensif. Puisque Jo lui demanda de parler des moments où il s'était senti seul au monde, il s'exécuta : « Quand je te disais que les derniers mois ont été difficiles… Hum, mon psy a appelé ça une dépression. Ça a vraiment pas été drôle, je ne me levais même plus le matin, pour quoi faire ? Je… Je sais pas pourquoi je te raconte ça, je veux pas avoir l'air du mec qui s'apitoie, pas du tout, je suis pas à plaindre. » Réalisant tout à coup qu'il avait beaucoup parlé, trop peut-être, il se tut brusquement. Il fallut attendre quelques minutes supplémentaires pour qu'il ose à nouveau ouvrir la bouche : « Moi aussi, j'en ai assez de n'être qu'une théorie. »

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Mer 5 Oct - 17:14
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Wesley & Joham


Wes se confiait. « Enfin » songea Jo en voyant bine que son frère s’ouvrait. Ses propos semblaient timides, hésitants mais ils étaient sincères, sans l’ombre d’un doute. Ces propos, il les avait, d’une certaine façon déjà entendu. Dans son esprit, dans ses longues soirées seul à chercher des raisons de cette disparition. Ce genre de soirée qui se concluait par une tristesse de ne jamais savoir la vérité… Jusqu’à aujourd’hui.

D’une certaine façon, Joham aurait aimé que Derek puisse assister à cette discussion. Ou, à défaut qu’il puisse raconter à son mari qu’il venait d’enfin avancer avec son frère. Un regard furtif vers le ciel traduisit cette pensée. Peu importe ou était son époux, il devait forcément écouté cette conversation et être très fier de cette fraternité renaître de ses cendres. Beaucoup restait à faire, le jeune pompier le savait, mais le plus difficile était maintenant, et ils s’en sortaient très bien.

Il écouta attentivement, mais ce qui piqua le plus son attention, c’était le visage de Wes. Ses émotions qu’il essayé beau de cacher, que son corps lui, ne pouvait pas. Son frère allait-il pleurer ? Au final non, et dans un sens, heureusement. Car ils auraient été deux.

Le souvenir heureux que Wesley partagea fit sourire son cadet. Cette histoire, il la connaissait de sa mère mais ne pouvait jamais vraiment savoir si c’était une réalité ou une tentative de les rapprocher à nouveau. Face à la sincérité de son frère, il avait la réponse.

« Je regrette, tu sais ? » souffla Wes. Maintenant, oui, il le savait. Et son hochement de tête fit office de réponse. Ces quelques mots lui décrochèrent un sourire que Jo perdit très vite en écoutant la suite. D’une certaine manière, il n’était pas étonné qu’une dépression le touchait ; c’est si fréquent et vu la culpabilité qui le rongeait, Dieu seul sait ce que Wes avait dans sa vie plus personnelle.

Je… Je sais pas pourquoi je te raconte ça, je veux pas avoir l'air du mec qui s'apitoie, pas du tout, je suis pas à plaindre. » Le veuf allait réagit, levant son doigt pour montrer son désaccord mais son frère continua avec des mots encore plus forts. Et ils étaient réconfortants, bien plus que Jo ne l’aurait imaginé. Chaleureux comme un bon café un matin d’hiver.

—Alors, Wes, on va mettre les points sur les i bien gentiment, d’accord ? Tu ne peux pas te permettre de dire ça. Enfin, pas le coup de la théorie ça…

Il lui adressa un sourire et une tape amicale sur l’épaule.

—Ca, c’est adorable. Mais le coup du « gnégné je sais pas pourquoi je parle de mes problèmes, ils sont rien par rapport à ce que tu vis gnégné », ça, c’est non. Direct.

Une nouvelle frappe sur l’épaule, mais elle se voulait plus agressive bien que pas douloureuse.

—Ce que tu ressens est légitime. Nos vies ne sont pas des compétitions à celui qui à la vie la plus pourrie. J’ai perdu mon époux et c’est un fait. Mais est-ce pour autant une raison de te taire car on t’as diagnostiqué une dépression ? Non. Absolument pas. Ce que tu vis, ce que tu ressens est légitime, même si tu estimes que tu n’es « pas à plaindre » vis-à-vis de ma vie. Ça marche pas comme ça. Parce qu’avec cette mentalité, tu vas t’enfermer dans ton malheur car tu trouveras toujours quelqu’un qui aura une vie pire que la tienne et tu finiras par te dire que tu peux encaisser, subir et que ça finira par aller mieux… Sauf que non. Ce n’est pas en restant avec des non-dits ou avec cette pudeur pseudo masculine comme quoi t’es un mec et tu peux pas ressentir quoique se soit que tu vas t’en sortir.

Son ton n’était pas agressif, mais il était droit. Ce qu’il venait d’entendre ne lui plaisait pas. Se comparer n’a jamais aidé personne, surtout sur un terrain aussi glissants que le vécu, les émotions et les ressentiments. Jo soupira pour faire disparaître cette voix un brin moralisatrice.

—Tu sais, si tu veux qu’on ne soit plus une théorie l’un pour l’autre, je pense que tu peux me parler de ce que tu as vécu ou de ce que tu vis, peu importe si ça te semble doux par rapport à ce que je traverse. On est frère. On est ensemble et on doit se soutenir. Mais pour ça, on ne doit pas se comparer. Pas sur ça en tout cas.

Jo afficha un sourire vantard avant de contracter son bras, affichant fièrement ses muscles de pompier. Tentative d’humour pour détendre l’atmosphère.

—Mais si tu veux vraiment de la comparaison, on peut jouer à celui qui à le plus gros bras et je pense que… Oh, mais j’ai aussi gagné ?

Un rire s’échappa de ses lèvres avant de prendre une gorgée de sa boisson à présent tiède. Derrière ce ricanement, une réelle inquiétude naquit en lui. Est-ce que Wes allait mieux ? Qu’avait-il vécu ? Jo était conscient qu’il ne pouvait pas le forcer de raconter tout ceci mais il espérait que son frère sache qu’à partir de maintenant, il pouvait le faire.


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Dim 16 Oct - 23:07
TW : mention de dépression

Wes craignit que Jo ne l’interrompe au milieu de ses aveux, pour lui hurler qu’il avait été bête ou qu’il aurait dû agir différemment – ce qui, soyons honnêtes, aurait été parfaitement légitime. Mais Joham ne fit rien de tout ça. Il écouta patiemment, mettant Wes en confiance au fur et à mesure tant il était ouvert et attentif. C’est ainsi que le musicien déroula ses explications jusqu’à la phrase finale, le point d’orgue de ce qu’il souhaitait dire à son frère : Je regrette, tu sais ?  Wes n’avait pas imaginé que ces quatre mots allaient l’apaiser autant. Maintenant, il sait tout, songea-t-il avec un soulagement indescriptible. Il releva les yeux pour scruter la réaction de Jo et fut surpris par son sourire doux, de ceux qui semblaient tout pardonner. Timidement, il lui rendit son sourire. « Je suis désolé de ne pas avoir été à la hauteur. » Car Wesley, avec toutes ses faiblesses, n’avait jamais rien eu du héros qu’imaginait Jo quand ils étaient enfants. Et il était désolé de le lui avoir révélé de cette manière.

Quand le pompier décréta qu’il fallait mettre les points sur les i, Wes ressentit un pic d’angoisse. L’espace d’une seconde, il eut peur qu’ils se disputent à nouveau, que leurs efforts à tous les deux soient ruinés par une de ses innombrables maladresses. Pire, il s’imagina que Jo avait trouvé déplacé le récit de son épisode dépressif. Qu’il allait lui reprocher de tirer la couverture à lui. Mais la tape chaleureuse sur son épaule le rassura. Les mots de Joham aussi. Une nouvelle fois, il fut frappé par le discernement et la jugeote du jeune homme. Un peu mal à l’aise face à tant de considération, il répliqua gauchement : « T’as raison. T’as entièrement raison. Je, heu… Merci. » Pour échapper l’espace d’un instant au sérieux de la conversation, le brun se sentit obligé de faire le pitre, comme il avait l’habitude de le faire depuis sa plus tendre enfance : « Par contre, aïe ! » En massant exagérément son épaule gauche, victime des légers coups de Jo, il grommela, pas vraiment sérieux : « Oublie pas que t’es baraqué et que moi j’ai pas mis les pieds dans une salle de sport depuis au moins deux ans. » Heureusement Jo sembla réceptif à sa tentative de dédramatiser, à croire que malgré l’éloignement, ils partageaient toujours une forme de complicité immuable. « Bien sûr que t’as gagné avec tes gros bras. Je suis un gringalet, ça a toujours été comme ça. »

Il recouvra pourtant bien vite son sérieux. Wes ne voulait plus décevoir Joham, et comme celui-ci venait de lui demander de se confesser, il s’exécuta, même si ça n’était pas l’exercice le plus agréable au monde. Il engloutit une gorgée de thé glacée pour se donner du courage et se jeta à l’eau : « En fait, ça a commencé par la séparation de mon groupe. Du jour au lendemain, je suis passé d’un rythme de vie complètement exubérant à, ben… Rien. J’avais pas prévu que se retrouver seul avec soi-même soit si difficile. Et puis pendant deux ans, j’ai pas retouché à un seul instrument. » Difficile pour Jo de s’imaginer son frangin sans une guitare, une basse ou des baguettes dans les mains, car Wesley n’avait jamais cessé de jouer plus d’une semaine, du moins avant la dissolution de son groupe. Mais le grand brun s’empressa de chasser l’image alarmiste de son lui en panne d’inspiration. « T’as pas à t’inquiéter, surtout pas. Je vais carrément mieux aujourd’hui. Il y a des jours où c’est un peu plus difficile que d’autres, mais c’est rien comparé à ce que ça a été. Ma copine m’aide pas mal à ce niveau. » Il sourit automatiquement en pensant à Anneke. Il lui sembla soudain évident que les deux allaient s’adorer et l’idée le réjouit. « J’aimerais bien que tu la rencontres un jour, je suis sûr que tu l’apprécierais. Enfin je, je ne veux pas m’imposer à toi, ce serait trop facile, c’est toi qui décide quand on se reverra, à ton rythme. »

Quelques mètres plus loin (Wes réalisa d’un coup qu’il parlaient depuis un moment tant ils s’étaient éloignés de la buvette), il s’autorisa à nouveau à ouvrir la bouche. Car désormais, il brûlait de curiosité. Il y avait tant de choses basiques qu'il ignorait à propos de son frère… Il était soudain déterminé à rattraper tout ce qu’il avait manqué. « J’y pense et j’ai honte mais… Je ne sais même pas quels sont tes loisirs. Tu écris toujours ? » Le musicien se souvenait du talent inouï de Jo lorsqu’ils étaient adolescents, mais la distance l’avait empêché de suivre ses progrès.

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Dim 6 Nov - 17:49
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Wesley & Joham


La tournure de la conversation semblait surréaliste, dans le bon sens du terme. Voilà les deux hommes à rire ensembles, comme si rien ne les avaient réellement séparés. Etait-ce qu’un amour fraternel serait capable de survivre après autant d’années de séparation, de doutes, de colère et de mépris ? Voir un sourire sur le visage de Wes lui donnait une réponse. Et une bonne dose d’ocytocine. Et ça se voyait sur son visage, à Joham. Malgré le sujet sérieux et la mention de la dépression, ce trait resta sur son visage passant d’un sourire de rire à celui de l’empathie et la compassion. Le pompier écouta avec beaucoup d’attention, une multitude de questions lui traversaient l’esprit mais ce n’était peut-être ni le moment, ni le lieu.

Cette première confession avait le goût d’un gros effort pour Wes, il ne devait pas trop en abuser, ou fatiguer son frère. Il se contenta donc de lui tapoter l’épaule une nouvelle fois, un geste amicale et bien plus doux qu’avant. La dépression, il connait bien ce démon, et les milles visages qu’il peut prendre. Et dans un sens, cette histoire ne l’étonnait pas : son ainé avait tout donné dans la musique, et par extension, dans ce groupe. Tout perdre, et peut importe les raisons, devait être un passage compliqué, ça il n’avait aucun mal à l’imaginer. Comment apprendre à respirer quand on a plus de souffle ? Cette question semble idiote, mais toutes les personnes ayant perdu une ou la raison de vivre, de se lever le matin savent à quel point c’est compliqué et déconcertant de tout reprendre à zéro, avec trois fois rien. Perdre des repères qu’on a prit autant d’années à avoir… Définitivement, à bien des égards, Joham ressentait très bien ce que Wesley a vécu.

Tu sais, ça fait de toi un survivant. Tu peux être fier de toi. En tout cas, moi, je le suis, fit le jeune homme avant de boire une nouvelle gorgée.

Pouvait-il vraiment être fier d’un frère qu’il a ignoré pendant autant de temps ? N’était-ce pas maladroit de sa part de dire ça ? D’une certaine façon, la question lui traversa l’esprit sous forme de saboteur, très vite chassé. Bien sur qu’il pouvait l’être. Son ainé avait son lot de casserole et aujourd’hui, il se bat et s’est battu pour s’en sortir. Il n’y a pas besoin d’en savoir plus.

Je ferai sa rencontre avec plaisir. Une personne qui te supporte, ça à le mérite d’être légendaire, je ne peux pas louper une telle occasion.

Le ton est volontairement comique, sarcastique mais il n’en pensait pas un mot. Tout du moins, la partie disant que Wes était insupportable. Rencontrer sa moitié autour d’un dîner était une excellente idée. Etait-il prêt ? Oui. Ce genre d’étape —à savoir dîner avec un couple alors qu’il est seul— est importante dans son deuil. Douloureuse situation, mais nécessaire. Et l’occasion d’en apprendre plus sur son frère pansera l’absence de Derek le temps d’un repas. Et pas à pas, c’est ainsi que Joham finira par s’en sortir, et l’idée que cela arrive grâce au soutien de Wes —même indirect— le gonflait d’espoir. Pendant quelques instants, il essaya d’imaginer la jeune femme. Impossible de vraiment le savoir, tant il ignorait ses goûts charnels. Mais une chose est sure, cette femme devait avoir du caractère et un bon fond, pour aider un homme au plus bas comme Wes l’a été.

Tu n’as pas à avoir honte, fit Jo en souriant.

La question était ridicule, bien que mignonne.

J’écris toujours… Mais pas vraiment. En vérité, j’ai jamais arrêté. Juste que… quand Derek est mort, je n’ai plus écrit de nouvelles ou de romans. Simplement des lettres qui lui étaient destinés. J’y racontais mes journées, mes tracas, mes rares bonheurs, un peu comme si on se voyait en fin de journée.

La voix est tremblante mais contrôlée.

Pendant un temps, ça m’a donné l’impression qu’il était encore là. Alors, tous les soirs, j’écrivais. Encore et encore. Jusqu’à que je me rende compte que toutes ses enveloppes ne seront jamais ouvertes et que ça me faisait plus du mal qu’autre chose. Alors, j’ai tout foutu au grenier. Et… j’avais malgré ça, envie d’écrire. Besoin d’écrire. Et naturellement, j’ai décidé d’écrire non plus à Derek, mais à nouveau deux et d’une manière différente. Au lieu de me concentrer sur le passé, sur ce que j’ai vécu, j’ai décidé d’écrire sur ce que nous pourrions vivre ensemble… Mais je te rassure, pas de façon classique et « le monde à nous. » J’ai déjà écris un roman ou mes protagonistes chassent des fantômes, un autre où ils sont des chasseurs de prime dans les années 50… Bref, des univers fictifs basés sur du vrai, mais bien loin du reste. Si tu les lisais, tu trouverais vite qui est qui, c’est sur.

Joham marque une pause, les joues légèrement rougies par une certaine pudeur à parler de ses écrits. Pour un lecteur classique, personne ne pourrait deviner qui sont ses protagonistes, mais Wes n’en aurait aucun mal à reconnaitre la douceur de Derek dans Drew et l’ardeur de Joham chez… Montgomery.

Enfin, et toi tu fais quoi d’autres ? Malgré la perte du groupe, tu continues de composer ? Demande-t-il en posant son regard furtivement sur Wes.



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Ven 2 Déc - 23:47
Au terme “survivant”, Wes bondit presque, s’exclamant vivement : « Non, je ne suis pas un… » Il s’interrompit net en prenant conscience de sa tendance à minimiser sa dépression. Une manie qui rendait son psy fou – ce pauvre chauve à lunettes allait finir par avoir lui-même besoin d’un psy, si Wesley continuait à le faire tourner en bourrique de la sorte. Le brun pivota vers son demi-frère, un sourire doux flottant sur ses lèvres. « Merci. » Pour la deuxième fois depuis le début de leur conversation, Wes sentit ses yeux s’embuer quand Joham assura qu’il était fier de lui. Son frangin venait de toucher sa corde sensible, Wes avait longtemps rêvé d’entendre ces mots dans la bouche de l’un des membres de sa famille. Jo était le premier et aux yeux de Wes, ça n’avait pas de prix. « I'm proud of you too, Jo. You're so strong. » Le musicien prit une inspiration pour se donner du courage, avant d’avouer dans un seul souffle : « Pendant longtemps j'ai jalousé ta force de caractère, mais c'est fini tout ça, je crois que j’ai grandi. À quarante ans, il était temps. » Il avait fallu attendre ses quarante balais pour que Wes gagne enfin en maturité et comprenne qu’il perdait énormément en gâchant sa relation avec Joham.

Une personne qui te supporte, ça a le mérite d’être légendaire. Il y a encore quelques temps, Wes aurait bêtement pris la pique au premier degré, serait monté dans les tours en en clin d'œil. Mais pas là. Dans ce climat apaisé qu’ils s’efforçaient de faire régner depuis le début de leur balade, il prit la pique pour ce qu'elle était : une blague innocente. Jo ne pouvait pas savoir à quel point il avait raison, Ann avait supporté Wesley durant toute cette période de dépression, où il avait incarné la pire version de lui-même. Il acquiesça en riant. « Ouais, t'as bien deviné. Il vaut clairement mieux pas s'en faire une ennemie. Elle est géniale. » Il baissa les yeux pour fixer ses pieds, mais Jo n'avait pas pu manquer son regard d'homme amoureux. Wes s’empressa cependant de changer de sujet. Bien entendu, il aurait pu en parler des heures, mais 1) ça n’était pas très intéressant pour ce pauvre Jo, 2) Wes était suffisamment malin pour comprendre que son frère, encore endeuillé, risquait de souffrir à l’évocation de sa vie de couple.

Tout en écoutant religieusement la réponse de Jo à propos de ses loisirs, Wes touilla son thé glacé. Les glaçons avaient largement eu le temps de fondre. Les lettres désespérées, les enveloppes jamais ouvertes… Tant de souffrance bouleversa le musicien. À son tour, il posa la main sur son épaule, son premier geste d’affection envers Jo depuis le début de leurs retrouvailles – depuis de longues années, en fait. « Ta démarche, elle est… Intéressante. Touchante. Je suis sûr que le résultat est brillant – tout ce que tu as toujours fait l’était. (Il sourit dans le vague) Quand j’étais ado, je lisais tes poèmes quand t’avais le dos tourné. Je te l’ai jamais dit. Ça m'aurait arraché de t’avouer que j’étais impressionné. » Il n’osa pas faire part de son envie de lire les romans de Jo, comme s’il n’en avait pas encore le droit, qu’il lui fallait d’abord le mériter, montrer patte blanche.

À la dernière question, Wes sentit ses joues s'échauffer, comme un enfant à qui on demande de faire voir ce qu'il dessine alors que son œuvre n'est pas terminée. Il cultivait une certaine pudeur à l'égard de son projet musical et jusqu'ici, s'était montré très secret. Peut-être par peur que ça lui porte malchance, ou alors pour ne pas avoir à affronter la pitié dans le regard des gens s'il venait à échouer. Toujours est-il que Jo s'apprêtait à entrer dans le cercle très fermé (2 ou 3 personnes, pas davantage) de ceux qui avaient eu droit à un pitch. « Heu, ben, je m'y suis remis mais c'est tout récent. J'ai… Peut-être un projet. J'aimerais bien raconter comment j'ai vécu ces dernières années, et comment je m'en suis sorti. Comment je continue à m'en sortir, plutôt, parce que c’est pas encore gagné. Je sais que j'ai rien de spécial, qu'on est des dizaines à vivre des choses similaires, mais justement, je me dis que mon récit pourrait résonner chez des gens. » Il se frotta la joue, sa barbe de deux jours chatouillant ses doigts, avant de poursuivre : « Ça me terrifie d'être seul sur un projet, d'avoir la totalité du pouvoir de décision. Et en même temps, c'est libérateur. Jusque là, je me rangeais un peu trop sur l'avis des autres, c'était frustrant mais confortable, tu comprends ? »

Maintenant qu'il s'était lancé, Wes avait  plein de questions, qui n'attendaient que de franchir la barrière de ses lèvres. La suivante concernait sa mère, leur mère. « Tu retournes souvent à Chicago ? » Dans le cas de Wes, ça devait faire une bonne année qu'il n'avait pas remis les pieds chez sa maman, pas plus qu'il n'avait rendu visite à son père. Pas par animosité, simplement l'éloignement entre leur monde s'était creusé. Quand il retournait à Chicago, Wes avait vaguement l'impression d'être un étranger dans sa propre famille. C'était donc nettement plus confortable de passer les fêtes à East Village, avec Ann, loin du sentiment désagréable de ne pas être compris. Mais il demeurait curieux : quelle était la relation de Jo avec sa mère (et son beau-père) ? Il lui souhaitait de tout cœur d'avoir réussi à maintenir le lien.

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Dim 1 Jan - 15:57
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Wesley & Joham


Son écoute fut presque religieuse. Le pas lent, buvant de temps en temps une gorgé de son café à la citrouille —bien refroidi depuis un bon moment déjà—, Joham écoutait scrupuleusement son frère. Chaque mot était une parole qu’il buvait. Eux n’avaient pas parlé sérieusement depuis bien trop longtemps, c’était une occasion rêvé d’en apprendre plus et surtout de retrouvé ce qu’ils avaient perdu il y a trop longtemps déjà.

Joham allait reprendre son frère, mais il se corrigea de lui-même. Bien sur qu’il était un survivant. Tout comme toutes les personnes qui galèrent avec les maladies psy.  Il lui adressa un nouveau sourire avant de laisser un remercier s’échapper de ses lèvres. Entendre que son frère était fier de lui était bien évidemment réconfortant. Mais ce qui l’était encore plus, c’était de l’entendre admettre qu’il avait grandi. Être jaloux de sa force de caractère ? Ça semblait ridicule quand on sait que Jo n’a eut d’autre choix que de l’être pour survivre au cancer. Mais il n’en laissa rien paraitre car il se rappela que le ressentit de son frère était légitime. Bien que le pompier ne comprenne pas comment cela puisse être possible, ça ne voulait pas pour autant dire que ça ne l’était pas. D’autant plus que si cette même jalouse n’a plus lieu d’être, c’est un soulagement pour eux deux.

Dans un coin de sa tête, Jo se glissa un post-it pour organiser un dîner chez lui avec Wes et sa compagne, Ann. La seule question qui le taraudait à ce sujet était : aimait-elle les chats ? Capucine, petite chatte de trois ans fait la loi dans la maison Myong !

Ses textes. Si intimes. C’était étrange d’entendre quelqu’un d’autre que sa psy en parler. A vrai dire, seule elle le savait. Wesley, aussi, maintenant. Et c’était curieux d’entendre que c’était une démarche intéressante. Qu’y-t-il d’intéressant dans de banales lettres qui parlent d’un quotidien banale avec des traces de larmes elles aussi toutes banales ? Sa vision déformée par la maladie ne l’aidait pas à concevoir ça comme telle, mais il parvenait à percevoir ceci comme un compliment… qui se confirma avec cet aveu qui fit rire grassement Joham.

Il d’en dit pas plus, mais Jo n’était clairement pas en colère d’apprendre ça, il n’avait pas beaucoup d’estime pour ses premiers écrits. Sauf peut-être pour son carnet de poème qui parlait son cancer, et sa relation avec la maladie. Mais celui-ci, vu ù il était caché, peu de doute que Wes ne l’ai trouvé, ne serait-ce qu’une fois.

La vulnérabilité de son frère était touchante. Un projet intime. Joham comprenait et d’un geste de la tête, approuvait complètement l’idée. Toucher du monde, les soutenir et prouver à travers une œuvre qu’on peut s’en sortir, que la dépression n’est pas une fatalité, c’est un projet brillant.

Puis vint la question concernant Chicago. Une gorgée de prise, Jo se décida d’y répondre.

Et bien, j’essaye d’y aller une fois tous les mois voire toutes les six semaines et si c’est trop compliqué niveau timing, je les appelle en face-Time. Je vais les voir dans deux semaines, tu pourrais venir ? je suis certain qu’ils vont bugé sévèrement en nous voyant arriver ensemble.

Cette idée le fit sourire.

Mais ne changeons pas de sujet, tu crois je je ne te vois pas tenter de noyer le poisson, jeune homme ?

Il faisait référence à cette histoire de projet artistique.

Blague à part, reprit Joham avec un ton plus sérieux, je trouve l’idée fantastique. Ce n’est pas parc que des millions de personnes galèrent avec notre maladie qu’ils n’ont pas le droit d’une certaine représentation de ton quotidien. Bien sur que tes mots peuvent et finiront par toucher quelqu’un et lui donner de l’espoir. La dépression n’est pas et ne sera jamais une fatalité. T’as la plateforme pour le dire et ton expérience pour le prouver. Dis à ces personnes malades que chaque jour où elles sont en vie ce n’est pas eux qui galèrent avec la dépression, c’est la dépression qui galèrent avec eux. Tout le monde mérite d’être heureux. Eux. Nos parents. Toi. Moi. On finira par y arriver. On a plus d’épreuves que les autres sur notre chemin, mais on n’a pas le droit d’échouer. On peut tomber, mais on doit se relever car à la fin, on finira toujours pas trouver ce qu’on cherchait. Et même si je ne suis pas le mieux placer pour en parler, après un orage, le soleil revient toujours.


Jo s’arrêta de marcher et fit fasse à son frère, le regard plein de fierté.


J’ai même mieux comme analogie ; après un feu de forêt, la vie finit toujours par reprendre ses droits. Et dans les cendres, dans ses cicatrices, la nature finit toujours par se relever. Malgré les pertes, malgré les flammes. Et je pense sincèrement que ton projet peut contribuer à aider des gens. Peut-être une ou deux personnes. Puis dix. Puis trente, et peut-être des milliers, des millions, qui sait ? Mais même si tu ne touche qu’une personne avec ton histoire, c’est peut-être une vie que tu aura sauvé. Et je pense que c’est la plus belle chose que tu puisses faire avec ton art. Si tu te sens prêt pour partager ton histoire, fait le. Si tu as besoin de temps, ce n’est pas grave non plus.  Tu avances à ton rythme et c’est l’essentiel.


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Mer 15 Fév - 23:13
Alors comme ça, Jo retournait à Chicago tous les mois. Wes grimaça. Lui n’y avait pas remis les pieds depuis… Trois bonnes années. Quatre peut-être. Plus le temps passait, plus affronter sa famille lui paraissait insurmontable. Alors quand Jo lui proposa de l’accompagner lors de sa prochaine visite, il écarquilla grand les yeux. « C’est que, je, je ne suis pas sûr... » S’il aurait donné cher pour voir la tête de sa mère en trouvant sur son palier ses deux fils bras dessus, bras dessous, il ne se sentait pas encore prêt à passer un weekend dans sa ville natale. Et comme aujourd’hui, la communication était de mise, il avoua ses réticences à son frère : « Maman ne sait pas pour ma dépression, elle ne sait pas non plus que j’ai quelqu’un dans ma vie. Je suis même pas certain qu’elle sache où en est ma carrière. Ça fait beaucoup de choses à rattraper et je ne suis pas prêt à discuter de tout ça avec elle. Pas encore. Plus tard. » Wes soupira et Jo put reconnaître dans son regard les résidus de sa colère adolescente. Le musicien avait changé, beaucoup, mais son rapport compliqué à l’autorité parentale n’avait pas bougé d’un pouce. Il ajouta, un léger agacement dans le ton de sa voix : « Parfois j’ai l’impression qu’on ne se connaît pas, elle et moi. » Il s’adoucit aussitôt en recroisant le regard de Joham. Tout ça devait paraître puéril au pompier, mais Wes hasarda quand même : « Tu comprends ? » Un jour pourtant, il lui faudrait songer à présenter sa copine à ses parents, puisque ça devenait de plus en plus sérieux entre eux. Mais Wesley, comme pour beaucoup de choses dans sa vie, préférait repousser l’échéance.

Si le brun ne s’était volontairement pas étendu sur ses projets artistiques plus que de raison, redoutant de s’emballer et de tirer la couverture à lui, Joham ne le laissa pas s’en tirer si facilement. Sa tentative de changer de sujet ainsi contrecarrée, le quarantenaire sourit. « Mince, grillé. » Mais son demi-frère semblait avoir des choses à lui dire, une appréciation à lui faire, alors il se tut et le laissa parler. À nouveau, il fut frappé par son intelligence mesurée et ses mots percutants. Comment avait-il pu passer à côté de tout ce pan fascinant de la personnalité de Joham ? La culpabilité s’insinua en lui, remontant tout de son corps, des pieds à la tête, et bientôt, Wes se sentit en dessous de tout.

Heureusement, la fierté dans les yeux du jeune homme suffit à balayer son mal-être. Et dire que depuis tout ce temps, il suffisait que Wesley s’ouvre et exprime son ressenti, ses faiblesses, pour tout arranger entre eux. Jamais il n’aurait pu croire que ça serait si simple, si logique. Avant leur rencontre à Central Park, Wes avait passé des heures à imaginer des scénarios catastrophes. Dans l’un d’eux, les deux frères se quittaient plus fâchés que jamais, après s’être jeté leur café au visage, dans un énième éclat de voix. Rien à voir avec la douceur et la maturité de la discussion qu’ils partageaient actuellement.

Ce n’est pas eux qui galèrent avec la dépression, c’est la dépression qui galère avec eux. La phrase déclencha chez le bassiste un sourire éclatant. « T’as le sens de la formule, c’est une bonne punchline, tu permets que je la note pour un prochain morceau ? » Les mots suivants de Joham transformèrent cependant son sourire taquin en une moue embarrassée. Wes n’avait pas l’ambition que son frère projetait dans son projet, il n’imaginait pas que ses quelques morceaux puissent avoir une résonance aussi forte chez les gens. De peur de passer pour un artiste pédant, il s’empressa de tempérer : « Oh, non, non non, j’ai pas la prétention de croire que ça puisse sauver qui que ce soit, juste… Réconforter pendant 3 ou 4 minutes, le temps d’une chanson, tu vois ? Ce serait déjà énorme. » Il fit quelques pas supplémentaires, constatant qu’ils parlaient depuis si longtemps que la nuit commençait à tomber. Puis, comme traversé par un éclair de génie, il se figea, avant de pivoter vers Jo. « Si jamais il me vient l’idée d’écrire un truc sur nous, sur ce qu’on s’est dit aujourd’hui, et sur le fait que je suis heureux que tu me laisses une seconde chance, est-ce que j’ai l’autorisation de l’inclure dans ce fameux projet ? »

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Mer 15 Mar - 18:59
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Wesley & Joham


Joham non plus ne songeait pas que cet après-midi se déroulerait aussi bien. Lui aussi, dans un coin de son esprit, les pires scénarios avaient été anticipés. Dans ces moments là, son imagination n’était pas une bénédiction mais bel et bien une malédiction. Tout ceci, dans ses plus terribles songes, finissaient dans les larmes, le bruit et la déception. Cette peur de décevoir ou d’être déçu était si viscéral chez lui qu’il en oublia que oui, les événements peuvent parfois bien se dérouler. C’était sans oublier le facteur que lui —tout comme Wesley semble-t-il— était fatigué de cette solitude fraternelle, de cette rancœur qui n’était alimenté plus par réflexe temporel qu’à raison justifiée.

Le pompier resta silencieux quant à la première question de son frère. Il se contenta de répondre avec un geste de la tête. Ses parents lui disaient bien que Wes n’était pas très bavard, ce qui, ironiquement, à l’époque lui convenait. L’ainé ne donnait pas de nouvelle, le sujet ne tombait presque jamais quand Joham faisait le déplacement. Mais maintenant, avec le recul et la découverte de cette maladie, cet aspect de la vie familiale lui pinça le cœur. Et si sa dépression expliquait une bonne parti de son absence, ces dernières années ? Oui, c’est plus que plausible.

Vint la conversation sur les travaux artistiques de Wes. Cette fierté qui pourrait sembler nouvelle ne l’a jamais été. En sommeil, depuis tant d’années. Son frère ainé a réussi là où lui-même a toujours voulu être. Alors oui, cette vision de la situation a provoqué une grosse jalousie chez le pompier, étant là gène se même de leur relation fantomatique, mais une part de lui, inavouable, démêla fier de lui. Alors le recul et cette conversation, cette songe endormie explosa. Oui Joham était fier de son frère, peu importe le passé, peu importe ce qu’il faisait. Il se battait autan pour son art que contre la maladie et ça, c’était plus qu’admirable. Voir que l’artiste lui-même ne croyait pas autant dans ses capacités contrariait et peinait le pompier.

—Ecris, fais donc. Si tout ceci t’inspires, fais le. Mais ne sous estime pas ta capacité à offrir aux gens des choses touchantes. Il y a des chansons de 3 ou 4 minutes qui ont sauvé des vies san que personne ne le sache. Wesley, je suis sérieux, ne te dévalorise pas. Si tu veux écrire sur ton histoire, fais-le. Ça pourrait être un moyen pour les parents de le savoir.

Une dernière gorgée de sa boisson, et il reprit la parole.

—Maman n’est pas bête, loin de là. Je ne serai pas étonnée qu’elle ait des doutes sur toi. Mais tu sais comment elle est et comme tu es toi. Quand t’allais pas bien, valait mieux te laisser seul et attendre que tu viennes vers nous. Peut-être attends-t-elle juste le signe pour être là et t’aider. Elle te connait plus que tu peux le penser et si ce n’est pas le cas…

Il hausse les épaules, se désigna puis Wes.

—Il n’est jamais trop tard pour rénover des liens. Je suis sur qu’elle adorerait te voir, apprendre ce que tu fais, te soutenir et apprendre à connaitre ta copine. Suffit de me rappeler comment elle aimait Derek et qu’elle passait plus de temps avec lui qu’avec moi pendant nos repas de famille !

Son ton de voix se fit un peu plus sérieux, mais toujours avec bienveillance.

—ça sert à rien de se fatiguer à être seul éternellement. Je suis là, et je sus convaincue qu’elle aussi voudrait être là pour t’apporter de l’amour. On est pas la famille parfaite et on ne le sera jamais mais… On peu au moins être une famille qui s’aime et se soutient. Et pour en revenir à ton envie d’écrire, du moment que tu parles de la beauté e mes biceps, je suis d’accord.

Une dernière petite blague pour alléger tout ce qu’il venait de dire. Cet échange possédait de nombreuses informations qui pouvaient déconcerter, alors tenter de rire, ça soulage toujours un peu.


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Dim 7 Mai - 18:48
Joham émit l’idée que leur mère puisse écouter le futur album de Wes et que, de cette façon, elle comprenne les difficultés de son aîné. Celui-ci baissa les yeux sur ses chaussures, des baskets qu’il trouvait extrêmement stylées et qu’il avait mis des heures à choisir dans les rayons. « J’y avais pas pensé. » Puis, aussitôt, il releva le regard et se corrigea : « Enfin non, je mens. J’ai déjà imaginé, une bonne demi-douzaine de fois, qu’elle écoute cet album et qu’elle comprenne que mon comportement n’était pas dû qu’à mon mauvais caractère et mon poil dans la main. » Jo pouvait en témoigner : Wes n’avait pas été l’ado le plus facile à vivre et sa mère semblait garder cette image de lui, celle d’un garnement insolent et paresseux. Pour ne rien arranger, comme pris au piège d’un mécanisme psychologique complexe, Wes ne pouvait s’empêcher de se comporter comme tel lorsqu'il rentrait à Chicago. « Ouais, je sais comment elle est, et comment je suis. Je ne lui mets pas toute la faute sur le dos, j'ai ma part de responsabilité. » Grâce à son psy, il parvenait désormais à reconnaître qu'il était aussi fautif. Il avait fallu des dizaines de séances pour qu’il accepte de l’entendre sans se braquer. Mais régler toute cette histoire n’était pas une tâche qui incombait à Joham, alors le bassiste décida de clore le sujet. « Tu sais quoi ? Assez parlé de maman. J’ai retrouvé mon frère et c’est déjà beaucoup pour aujourd’hui. » Pour aujourd’hui, voire pour l’année entière, tant se pointer à ce rendez-vous à Central Park lui avait demandé du courage. Il avait manqué d’annuler trois fois, mais il se félicitait d’avoir maintenu, car ces retrouvailles se déroulaient mieux qu’il n’aurait osé imaginer.

La plaisanterie de Jo le fit éclater de rire. Depuis quand son frère possédait un tel timing comique ? Depuis toujours, sans doute, sauf qu’il n’avait jamais pris le temps de le voir. Le brun était ravi de constater que chez les Myong-Takagi juniors, on était de véritables petits farceurs. Laissant poindre sa fierté, il s’exclama : « C’est bien mon frangin ça ! » Encouragé par cet élan positif, Wes proposa sans réfléchir : « Tu serais tenté de venir au studio avec moi, un jour ? (Il marqua une pause, soudain conscient de l’ampleur de ce qu’il était en train de dire) Tu trouves que c’est trop tôt ? Je peux comprendre que tu refuses, hein, je, je le prendrai pas mal. » Wes se mordit l’intérieur de la joue. Il ne regrettait pas son invitation : jouer devant Jo était très symbolique, il s’agissait d’une vraie preuve de bonne volonté de la part du musicien. C’était sa façon à lui d’enterrer la hache de guerre et de partager enfin sa passion avec son frère, cette même passion qui avait contribué à les séparer. Pour toutes ces raisons, il avait peur que la proposition effraie Joham, car elle était lourde de sens et qu’ils commençaient à peine à se réconcilier. Wes ne voulait pas brûler les étapes, bien que l’impatience de rattraper le temps perdu l’y poussait. Il se tut pendant de longues secondes, laissant Jo assimiler cette nouvelle information. Son naturel affectueux (qu’il assumait pleinement mais dont il avait privé son frère pendant des années) décida qu’il était temps de montrer le bout de son nez. Timide, presque honteux, Wes murmura en détournant le regard : « Je sais pas si t’es un adepte des effusions et je voudrais pas te mettre mal à l’aise mais j’ai la sensation que c’est le moment de se prendre dans les bras. »

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Dim 18 Juin - 16:21
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louder than words  ;
Wesley & Joham


Une profonde inspiration dans son gobelet indiqua à Joham que sa boisson chaude —devenue froide depuis un moment déjà— touchait à sa fin. Une réaction de surprise pouvait se lire sur son visage, mais cette découverte ne l’empêchait pas d’écouter avec beaucoup d’attention ce que Wesley disait, bien au contraire. Dans sa confusion, le pompier pouvait bien lire toute la complexité de sa situation. Oui, Jo savait comment était sa mère, et il commençait à voir ce qu’était devenu son frère, donnant à toute cette plausible situation… Un effet marche sur des œufs. Il ne dit rien, se contentant de sourire pour lui prouver son soutien. Le silence était de rigueur, c’était son tour de s’exprimer et de partager ses failles. Tout le monde en a.

—Tu as raison prend ton temps avec elle. C’est une maman, il y a des mystères qui sont vouer à le rester, dit-il avec un rire non dissimulé.

La proposition du chanteur était pour le moins curieuse, inattendue mais surtout bienvenue. Plaisante, même. Au vu de ce qu’était la musique dans la vie de son frère, avoir une telle invitation était clairement une porte ouverte sur, certes son boulot, mais sur une forme d’intimité qu’ils n’avaient plus partagée depuis longtemps. Joham sourit à nouveau, inclinant la tête avec satisfaction.

—J’en serai putain d’honoré, et bien au contraire… Je trouve qu’on a beaucoup de temps à rattraper toi et moi, donc je suis plus que jamais prêt à ça.

Et son accord était sincère. Toute la démarche de cette journée l’était et plus que jamais, après cet échange, le jeune homme réalisa a quel point son frère avait été un maillon manquant de sa vie. Et, au vu de sa réponse, Wesley semblait satisfait.

—Arrête de dire des conneries et viens-là, dit-il en riant et tendant ses bras en direction de Wesley.

Il le serra contre lui, prendant une grande inspiration, le bonheur qui le traversait ne pouvait pas être plus intense qu’à cet instant. Ça faisait des années qu’un tel acte ne s’était pas déroulé.

—Je crois que si maman nous voyait comme ça, elle ferait une syncope de bonheur, murmura le pompier, toujours dans ses bras.

Et cette étreinte était bel et bien le nouveau point de départ pour Joham mais aussi Wesley. Une fraternité encore fragile, mais qui, et tous deux l’espérait, avait de beaux jours devant eux.



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